Saman Soltani, kayakiste exilée en Europe et olympienne sous la bannière des réfugiés à Paris, raconte sa vie en Iran, sa fuite et son parcours en Autriche. Elle partage son message de « rêver grand » et dénonce les difficultés de la vie des femmes et des sportives en Iran.
Saman Soltani , kayakiste exilée en Europe et olympienne sous la bannière des réfugiés à Paris : « Je porte la voix du peuple iranien » Exilée d'Iran fin 2022, olympienne sous la bannière des réfugiés à Paris et aujourd'hui autrichienne, Saman Soltani raconte la vie des femmes iraniennes et des sportives.
Elle veut transmettre son message « d'oser rêver grand ». Elle veut transmettre son message « d'oser rêver grand ».
Quand elle arrive à vélo au stade nautique olympique de Vaires-sur-Marne , où elle s'entraîne avec l'équipe de France de kayak, on remarque d'emblée son grand sourire. Exilée d'Iran fin 2022, olympienne sous la bannière des réfugiés à Paris et aujourd'hui autrichienne, Saman Soltani n'a pas encore trente ans et possède déjà mille vies. Lumineuse, la kayakiste pose avec enthousiasme devant l'objectif du photographe avant de raconter son histoire.
Depuis juillet, elle vit en France avec son compagnon, Adrien Bart, médaillé mondial en canoë. En quête de sponsors et de travail pour poursuivre ses rêves de JO à Los Angeles en 2028, elle évoque la vie des femmes en Iran, celle d'une sportive et son mantra« Je suis une athlète, je ne parle pas de politique.
» Puis elle se lance dans son histoire de petite fille hyperactive qui prenait des cours de maths, de guitare, de basket, d'échecs, de peinture, d'anglais et de natation à Téhéran. À cinq ans, elle a vaincu sa peur panique de l'eau pour devenir championne de natation artistique puis de kayak de son pays.
Vingt ans plus tard, alors qu'en février dernier un conflit armé a repris entre l'Iran, les États-Unis et Israël, elle a été contrainte à l'exil et, aujourd'hui, elle prête sa voix à ceux qui n'en ont pas.
« Je ne suis pas une femme politique, je suis une athlète. Ma façon de combattre, c'est en pratiquant mon sport. En pagayant. Je lutte à chaque coup de pagaie.
C'est un combat silencieux »Je traverse une période extrêmement difficile. La plus difficile de ma vie. J'ai des nouvelles, mais on ne sait pas ce qui se passera demain. Les Iraniens n'ont pas Internet.
Seuls eux peuvent nous appeler par téléphone. Je garde espoir. La culture iranienne est très riche. C'est l'une des plus anciennes.
Notre culture, c'est avant tout la poésie et l'humanité. Le courageux peuple iranien mérite de vivre dans la paix et la liberté. Je ne suis pas une femme politique, je suis une athlète. Ma façon de combattre, c'est en pratiquant mon sport.
En pagayant. Je lutte à chaque coup de pagaie. C'est un combat silencieux. Je porte la voix du peuple iranien.
Tant de jeunes sont morts. Tant de rêves sont anéantis. Moi, j'avais le rêve de disputer les JO, eux n'auront jamais la chance de vivre leurs rêves. Je me bats pour moi, pour eux et pour tous les réfugiés.
Je suis leur voix. Une voix pour la liberté. Mon coeur est avec le peuple iranien. Tout cela me marque profondément.
Je suis très fatiguée et très stressée. J'ai du mal à dormir. Je me bats vraiment intérieurement pour réussir à me concentrer sur ce que je dois faire. Nous devons porter le hijab en public, partout.
Nous ne pouvons pas pratiquer les sports que nous souhaitons, car certains comme la natation ne sont pas autorisés à l'échelle internationale. Nous n'avons pas le droit d'aller dans un stade de football. J'y suis allée pour la première fois de ma vie en Autriche. Posséder un chien est interdit en Iran.
C'est illégal. Posséder un chat est autorisé. Les femmes n'ont pas le droit de faire du vélo, mais elles peuvent avoir un permis de conduire. Vous pouvez étudier si vous avez une famille très religieuse mais il faut l'autorisation du père.
Il faut toujours l'autorisation d'un homme. Du père puis de votre mari quand vous êtes mariée. Moi, je viens d'une famille très ouverte d'esprit. J'ai toujours été encouragée à explorer le monde, dépasser mes limites, me donner à fond.
Mais vivre en tant que femme en Iran, c'est très difficile. Quand je parle avec les gens icicomme acquises. Cette vie normale, c'est le rêve des autres.
" Sous la bannière des réfugiés, Saman Soltani a terminé 38e du K1 500m des Jeux de Paris 2024. J'ai été championne nationale pendant plus de dix ans. Mais les femmes ne sont pas autorisées à participer aux compétitions internationales à cause du hijab et des règles islamiques. Les hommes n'ont pas le droit d'aller dans la piscine des femmes.
Je n'ai jamais connu cette sensation de gagner une compétition, d'enlacer mes proches et de partager ce moment avec eux. J'espère vivre ça aux Jeux olympiques. C'est vraiment très triste. Pour la musique, il est interdit aux femmes de chanter, contrairement aux hommes.
Il fallait trouver une musique sans paroles. Un vrai défi. Le chant transmet tellement d'émotions et d'énergie. En tant que nageuse artistique, on peut laisser transparaître cette émotion sur son visage.
Parfois, on est en colère, heureux, léger. Mais il nous faut absolument de la musique. Sans rien, c'est tellement étrange.
« Quand je rêvais des Jeux Olympiques, je me voyais passer devant la tour Eiffel avec les anneaux olympiques. Et j'ai vu ça. C'était exactement comme dans mes rêves »J'ai toujours rêvé d'avoir une dimension internationale. Je veux aussi accomplir quelque chose qui puisse être vu et reconnu par tous.
J'ai toujours dit :Même si, en tant que femme iranienne, ce n'était pas possible, je n'ai jamais été découragée. J'ai toujours gardé cette idée en tête, car je crois que la plupart de nos actions sont guidées par nos convictions. J'ai toujours cru que c'était possible. Quand je rêvais des Jeux Olympiques, je me voyais passer devant la tour Eiffel avec les anneaux olympiques.
Et j'ai vu ça. C'était exactement comme dans mes rêves. Alors chaque fois que je vois la Tour Eiffel, je ne peux pas retenir mes larmes. Je savais que dans ce sport, les femmes pouvaient concourir en portant le hijab.
C'est très difficile, ce n'est pas l'idéal, mais c'est possible. Au bout d'un an, j'étais parmi les trois premières du Championnat national. Ensuite, j'ai intégré l'équipe nationale iranienne de kayak. En 2018, j'ai remporté la médaille d'argent aux Championnats d'Asie.
J'en voulais toujours plus. Je me disais :Je me suis entraînée comme une folle. À cause du coronavirus, tout a été reporté. Puis l'Iran a décidé de n'envoyer que les hommes aux qualifications.
Tout s'est effondré. J'étais très triste. C'est toujours difficile d'accepter ce sur quoi on n'a aucun contrôle. Je n'y arrivais pas.
C'était fini. J'ai dit adieu au sport professionnel et j'ai commencé comme entraîneuse de natation artistique d'une soixantaine de filles de 4 à 18 ans à Téhéran. Le lutteur Jamal Valizadeh, contraint de fuir l'Iran en 2014 : « Il y a un prix à payer pour la liberté »Je leur disais d'avoir de grandes ambitions, d'être indépendantes et résilientes. À cause du pays et des croyances religieuses, les femmes pensent qu'elles ne sont pas à la hauteur.
Tu dois toujours dépendre du garçon et tout est fait pour les hommes. La jeune génération est extrêmement intelligente. Elle comprend vraiment tout et elle n'est pas seule. Elles venaient de familles différentes, religieuses ou pas.
J'essayais d'ouvrir leur esprit. Je ne sais pas. Je n'y ai pas pensé quand je le faisais. Je n'ai reçu aucun commentaire négatif.
Les parents étaient vraiment heureux de l'influence que j'avais sur elles. Je parlais aux enfants de la discipline, comment bien manger, le mental. Elles n'étaient pas issues de familles très aisées, souvent de milieux modestes. Un jour, je leur ai demandé de trouver un modèle et de le peindre.
À la séance suivante, plus de 80 % d'entre elles m'avaient dessinée. C'est à ce moment-là que je me suis dit : "Si je peux influencer la vie de ces personnes, si je peux avoir un impact sur elles, je dois vraiment le faire.
" « J'avais mon billet de retour pour l'Iran dans la main droite et celui pour Vienne dans la main gauche, et je pleurais. Je ne savais vraiment pas lequel choisir »Entre-temps, j'avais été invitée à un stage de natation artistique à Barcelone avec la championne olympiqueEt, en 2022, j'ai décidé d'y aller à titre personnel, pas en tant que membre de l'équipe iranienne. Je n'avais jamais eu la chance de voir une championne olympique ni une championne du monde.
Pouvoir m'entraîner avec elles, c'était incroyable. Je suis la première femme iranienne à avoir participé à un tel événement en natation artistique. J'ai constaté que je n'étais pas si loin d'elles. Nous sommes bons mais nous ne parvenons jamais à montrer ce dont nous sommes capables.
J'ai énormément appris. J'ai donc essayé de partager ce que j'avais appris sur les réseaux sociaux et j'ai publié des vidéos de mon entraînement en maillot de bain. Le jour de mon départ, on m'a conseillé officieusement de ne pas rentrer pour le moment pour ma sécurité. J'étais vraiment paniquée.
Le monde s'est figé devant mes yeux. Je ne savais pas quoi faire. Je ne connaissais qu'une seule personne dans toute l'Europe, Uwe Schlokat. C'est comme un second père pour moi.
Alors je l'ai appelé. J'ai acheté un billet à l'aéroport. J'avais mon billet de retour pour l'Iran dans la main droite et celui pour Vienne dans la main gauche, et je pleurais. Je ne savais vraiment pas lequel choisir.
J'avais ma vie en Iran, mes repères et mes proches. Je ne leur ai même pas dit au revoir. Je ne savais vraiment pas quoi faire. Mais je savais que si je rentrais, ma vie serait en danger.
Alors j'ai décidé d'aller à Vienne. Mais je ne voulais pas y rester.
« À Vienne, je ne connaissais pas la culture, je ne parlais pas allemand, je n'étais personne et je ne connaissais personne à part Uwe. Je pleurais du matin au soir »Je voulais juste que tout se calme. Mais une semaine après mon arrivée à Vienne, le mouvement Femme, vie, liberté a commencé après la mort de Mahsa Amini. Moi avec le maillot de bain, imaginez ce qu'ils me feraient.
J'ai su que je ne pourrais jamais revenir en arrière. J'ai tout perdu. Je n'avais qu'une seule valise pour dix jours et c'était toute ma vie. À Vienne, je ne connaissais pas la culture, je ne parlais pas allemand, je n'étais personne et je ne connaissais personne à part Uwe.
Je pleurais du matin au soir. Je faisais des cauchemars où deux personnes venaient me chercher pour me forcer à retourner en Iran. Je n'arrivais pas à éteindre la lumière pour dormir. J'étais vraiment très mal.
Je ne voulais pas à cause du regard que les gens portent sur les réfugiés. Je me suis dit : je suis une personne instruite et une championneJ'ai essayé d'obtenir un visa étudiant ou un visa de travail. Le problème est qu'il faut faire une demande de visa depuis l'étranger. On ne peut pas faire de demande depuis l'intérieur du pays.
La seule solution était donc de demander l'asile parce que ma vie était en danger. Je l'ai demandé grâce à l'aide d'Uwe et de ses amis et je l'ai obtenu en 2023.
« L'un de mes plus grands rêves est de gagner une médaille aux Jeux Olympiques pour dire aux gens que tout est possible. J'aime les motiver et leur dire d'oser rêver grand. J'ai trouvé ma raison d'être »Uwe et ses amis ont collecté de l'argent pour m'acheter une pagaie et m'inscrire dans un club de kayak parce qu'ils savaient que j'adorais ça et que je n'allais pas bien du tout. J'étais seule et j'avais 10 kg en trop.
Uwe m'a beaucoup aidée à être disciplinée et à persévérer dans l'entraînement. Une partie du lac était gelée mais je ne pouvais pas partir m'entraîner ailleurs, car je n'avais pas de papier. Je suis devenue championne d'Autriche. Le comité olympique autrichien a soumis mon dossier au CIO pour l'équipe des réfugiés.
J'ai été sélectionnée et je me suis qualifiée pour les JO de Paris, où j'ai rencontré mon compagnon, Adrien, un être humain exceptionnel. Depuis juillet, je vis en France avec lui. Aujourd'hui, je suis licenciée à l'ASLoù j'ai reçu un accueil formidable et où je m'entraîne avec l'équipe de France, qui s'est montrée très ouverte. L'année dernière, aux Championnats du monde, j'ai obtenu mon meilleur résultat en terminant 17e mondialeAujourd'hui, vous êtes devenue un symbole.
Est-ce difficile à porter parfois ? Je considère cela comme ma mission. Il y a des choses qui vont bien au-delà de la médaille. Après les Jeux Olympiques, j'ai vraiment dû me battre avec la dépression post-olympique comme beaucoup d'athlètes.
J'ai pris le temps de réaliser et de me poser des questions. Qui suis-je exactement ? Qu'est-ce que je veux vraiment faire dans ma vie ? Et pourquoi je fais tout cela ?
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