Stallone révèle sa boulimie. Une psychiatre décrypte les TCA chez les hommes, de l'obsession musculaire à la bigorexie.
On ne s’attendait pas à cette vulnérabilité derrière ces muscles d'acier. Dans un entretien fleuve donné au New York Times, l’acteur Sylvester Stallone, 80 ans, a partagé pour la première fois une part intime de son passé.
Une obsession du corps parfait, qui l’a finalement plongé dans la boulimie pendant des années. Une obsession qui devient maladive : son corps Face à la journaliste qui lui demande quelle est la relation du monstre sacré avec son corps, l’acteur décide de livrer une version personnelle : la volonté de se sculpter"un corps de jaguar"pour Rambo. Puis l’enchaînement.
"C'est devenu une obsession. Une vraie. Jusqu'à la boulimie. Vous êtes les premiers à l'apprendre.
Je ne pensais plus qu'à une chose : rester à ce niveau de forme". Boulimie, nourrie de stéroïdes. L’homme fort de Hollywood vient juste d’avouer qu'il est atteint de trouble alimentaire . Une parole courageuse qui intervient peu après celle de Ed Sheeran ou KJ Apa , également passés par la boulimie.
Et qui rend visible un angle mort : oui, les hommes aussi sont touchés par les troubles du comportement alimentaire. Camille Ringot :"Les troubles alimentaires ne sont pas réservés aux femmes" "Les troubles des conduites alimentaires sont des troubles psychiatriques qui touchent majoritairement les femmes, mais les hommes peuvent souffrir de tous les TCA. Il n'y a pas une maladie qui serait uniquement réservée aux femmes", rappelle la psychiatre Camille Ringot, auteure de Je fais la paix avec mon assiette.
Les chiffres restent toutefois difficiles à établir avec précision. Selon les études et les critères utilisés, les estimations varient. Globalement, la spécialiste évoque environ 2 % des hommes concernés par un TCA au cours de leur vie, contre environ 8 % des femmes. Toutes populations confondues, les TCA concerneraient environ 2 à 5 % de la population mondiale.
La proportion varie également selon les troubles.
"Dans l'anorexie mentale, on va avoir plus de femmes que d'hommes. Dans la boulimie nerveuse, la proportion d'hommes est plus importante, et elle l'est encore davantage dans l'hyperphagie boulimique". Ces différences sont importantes pour comprendre pourquoi les TCA masculins peuvent prendre des formes très diverses. Elles soulèvent aussi une question : les hommes sont-ils réellement moins touchés, ou certains troubles sont-ils simplement moins souvent repérés ?
Un corps musclé plutôt qu'un corps mince Chez les hommes, les préoccupations corporelles ne se manifestent pas toujours de la même façon que chez les femmes. Alors que les injonctions féminines restent souvent centrées sur la minceur, l'idéal masculin repose davantage sur un corps musclé, sec et performant.
"On est plus sur une volonté d'augmenter la masse musculaire et de diminuer au maximum la masse grasse, avec des préoccupations d'être sec et d'avoir une silhouette musculeuse", explique Camille Ringot. Surveiller ses apports en protéines, multiplier les séances de musculation, contrôler sa masse grasse ou faire une"sèche" peuvent alors sembler parfaitement ordinaires. Ces comportements deviennent problématiques lorsqu'ils prennent une place excessive, génèrent de l'angoisse ou s'accompagnent de restrictions, de compulsions ou de culpabilité.
Chez certains patients, la spécialiste retrouve toutefois des points communs : des antécédents de harcèlement lié au poids ou à l'apparence, une mauvaise estime de soi ou encore un surpoids durant l'enfance. Mais il n'existe pas de profil type.
"Les troubles des conduites alimentaires ont toujours une origine multifactorielle, que ce soit chez les hommes ou chez les femmes". Vulnérabilités psychiques, perfectionnisme, anxiété, rigidité, événements traumatiques ou insatisfaction corporelle peuvent notamment entrer en jeu. Bigorexie : quand le muscle ne suffit jamais Cette recherche permanente d'un corps plus musclé s'accompagne souvent aussi de bigorexie. Le terme désigne une préoccupation excessive autour de la musculature et de l'apparence physique.
La personne peut avoir le sentiment de ne jamais être suffisamment musclée, même lorsque son physique est déjà très développé. Elle cherche alors à s'entraîner toujours davantage et peut contrôler étroitement son alimentation pour atteindre ses objectifs.
"Ce sont des personnes qui n'arrivent pas à se voir suffisamment musclées et qui ont besoin de toujours faire plus pour essayer de se muscler, mais qui n'arrivent pas à se voir telles qu'elles sont réellement", explique la psychiatre. La bigorexie n'est pas une catégorie diagnostique autonome des TCA. Elle peut néanmoins s'accompagner d'une pratique sportive excessive, de restrictions alimentaires et d'une image corporelle perturbée. Elle peut également coexister avec d'autres troubles alimentaires.
Dans le cas de Sylvester Stallone, impossible évidemment de poser un diagnostic à distance. Son récit montre toutefois comment une quête de performance physique peut devenir envahissante. Pourquoi les TCA passent-ils parfois inaperçus chez les hommes ? C'est l'un des principaux enjeux : certains comportements problématiques sont particulièrement difficiles à repérer lorsqu'ils correspondent à des normes valorisées socialement.
"On normalise le fait de faire attention à ce qu'on mange en termes de protéines pour avoir une masse musculaire plus importante, de faire beaucoup de sport", souligne Camille Ringot. Un homme peut donc multiplier les entraînements, contrôler très strictement son alimentation ou chercher à réduire sa masse grasse sans que son entourage y voie immédiatement un problème. Et son poids ne permet pas toujours de tirer la sonnette d'alarme.
"Dans l'anorexie mentale, le poids ne va pas forcément être aussi bas que chez les femmes. On peut avoir un IMC qui va moins interpeller sur la présence d'un trouble.
" Cette difficulté de repérage explique en partie pourquoi les hommes peuvent arriver plus tardivement dans le parcours de soins. "Les hommes en parlent moins que les femmes, se confient moins", constate la psychiatre. Mais le dépistage évolue également à mesure que les professionnels sont mieux sensibilisés à ces présentations différentes. De la restriction à la perte de contrôle Dans la boulimie, un mécanisme peut entretenir les crises : celui du contrôle alimentaire.
"Ce sont souvent des personnes qui vont contrôler énormément leur alimentation et qui vont perdre le contrôle dans certains moments", explique Camille Ringot. Une restriction importante peut favoriser une crise, elle-même suivie de culpabilité et d'une volonté de reprendre le contrôle. S'installe alors un cercle vicieux : restriction, perte de contrôle, culpabilité, puis nouvelle restriction.
"On enchaîne, en fait, et on s'enferme dans une boucle : contrôle, restriction, perte de contrôle, culpabilité, mal-être, contrôle, restriction... " Le manque de volonté n'est donc pas une explication suffisante. La prise en charge vise justement à comprendre ce mécanisme et les facteurs qui l'alimentent. Une prise en charge pluridisciplinaire Les TCA nécessitent une prise en charge globale, qui associe plusieurs dimensions.
"L'idéal du soin, pour l‘homme comme pour la femme, c'est une dimension somatique, avec une surveillance des complications physiques, une dimension psychique avec une psychothérapie et un suivi psychiatrique spécialisé, et une dimension nutritionnelle avec un suivi diététique spécialisé dans les troubles des conduites alimentaires", détaille Camille Ringot. Il s'agit notamment de travailler sur les facteurs de vulnérabilité et les déclencheurs, les croyances alimentaires, l'image corporelle et les comportements qui entretiennent le trouble.
Dans la boulimie, l'objectif est notamment de réduire puis de faire disparaître les crises et les conduites compensatoires. La spécialiste insiste enfin sur un message essentiel : un TCA n'est pas nécessairement une maladie avec laquelle on doit vivre toute sa vie.
"Tout se prend en soin complètement, et tout peut se guérir aussi complètement. " La confession de Sylvester Stallone rappelle ainsi que derrière un corps très musclé, une pratique sportive intense ou une alimentation extrêmement contrôlée, il peut parfois exister une véritable souffrance. Les troubles alimentaires n'ont pas de sexe, et mieux les connaître permet aussi de mieux les repérer. Sources Partager sur :
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