Une étude chez des seniors suggère que des myrtilles agissent sur le microbiome intestinal et certains marqueurs liés à la dépression légère.
Et si ce qui se passe dans notre assiette pouvait aussi influencer notre cerveau ? C’est la question posée par des chercheurs de Hebrew SeniorLife, affiliés à Harvard Medical School, autour d’un aliment particulièrement banal : la myrtille.
Chez les plus de 65 ans, 8 à 16 % présentent des symptômes dépressifs, et encore davantage une déprime légère. L’équipe a donc voulu explorer une piste encore peu étudiée : le rôle de l’alimentation dans l’axe intestin-cerveau. L’étude, publiée en 2026 dans The Journal of Nutrition, Health and Aging, livre un premier signal intéressant. Mais elle ne permet pas encore de parler d’un effet antidépresseur.
Trois mois de myrtilles pour observer l’intestin L’essai pilote a suivi 18 personnes de 65 ans et plus, sédentaires et présentant des symptômes dépressifs légers. Dix ont reçu de la poudre de myrtille et huit un placebo pendant trois mois. Chaque jour, le groupe myrtilles consommait 48 grammes de poudre lyophilisée, soit environ deux tasses de fruits frais. Cette dose apportait 11 grammes de fibres, dont environ 8 g supplémentaires, soit près de 30 % de l'apport conseillé.
. Les chercheurs ont analysé le microbiote intestinal grâce au séquençage métagénomique et recherché différents métabolites produits par les bactéries intestinales, notamment le butyrate et le propionate. Ils ont également évalué l’évolution des symptômes dépressifs. L’hypothèse repose notamment sur les fibres et les anthocyanes, pigments présents dans les myrtilles.
Courtney L. Millar, principale autrice de l’étude et chercheuse à Hebrew SeniorLife, explique :"Les fibres et les anthocyanes des myrtilles ont le potentiel de modifier le microbiome intestinal et les métabolites qui sont pertinents pour la dépression chez les personnes âgées. Notre objectif était de déterminer de manière préliminaire l'effet de la consommation de myrtilles sur le microbiome intestinal, les métabolites et les symptômes dépressifs".
Une amélioration de l’humeur, mais pas encore une preuve Après trois mois, les symptômes dépressifs avaient diminué dans les deux groupes. La baisse semblait toutefois plus régulière chez les participants ayant consommé les myrtilles. Mais la différence avec le placebo n’était pas statistiquement significative. Même constat pour l’anxiété et le sommeil : les scores se sont améliorés au fil du temps, sans différence significative entre les deux groupes.
Autrement dit, cette petite étude ne permet pas de conclure que les myrtilles traitent la dépression. Avec seulement 18 participants, le risque que les résultats soient liés au hasard reste important. Pourtant, les chercheurs ont observé un signal intéressant dans l’intestin. Le microbiote livre un indice autour du GABA La diversité globale des bactéries intestinales n’a pas changé, pas plus que les principaux acides gras à chaîne courte étudiés.
En revanche, six gènes correspondant à des enzymes du microbiote ont évolué dans le groupe myrtilles. Parmi eux, l’EC 3.6.3.31, une enzyme impliquée dans le transport des polyamines, des molécules pouvant intervenir dans des voies liées au GABA, un neurotransmetteur qui participe à la régulation de l’activité cérébrale. Le résultat est intrigant, mais il ne signifie pas que les myrtilles augmentent directement le GABA dans le cerveau. Il suggère seulement une piste biologique qui devra être vérifiée.
Les chercheurs ont également observé une légère hausse du BDNF sanguin dans le groupe myrtilles, alors qu’il diminuait avec le placebo. Cette différence n’était pas significative, mais la hausse du BDNF semblait associée à une diminution des symptômes dépressifs.
Une piste prometteuse, mais encore très fragile L’intérêt de cette étude tient donc moins à une éventuelle « recette » contre la dépression qu’à la question qu’elle soulève : certains composants de notre alimentation pourraient-ils agir indirectement sur notre cerveau en modifiant certaines fonctions du microbiote ? Il faudra désormais des études beaucoup plus importantes pour le savoir. L’essai ne comptait que 18 participants, majoritairement des femmes et des personnes blanches, avec un suivi limité à trois mois.
Pour les personnes âgées confrontées à une déprime ou à des symptômes dépressifs, les myrtilles peuvent naturellement s’intégrer à une alimentation équilibrée. Mais elles ne remplacent ni un avis médical, ni une psychothérapie, ni un traitement lorsqu’il est nécessaire. Pour l’instant, la myrtille n’est donc pas un traitement. Elle est surtout le point de départ d’une question fascinante : et si, pour mieux comprendre notre humeur, il fallait aussi regarder ce qui se passe dans notre intestin ?
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