Kilomètres supplémentaires, nouveaux investissements, organisation chamboulée… Un an après la fermeture de l’abattoir de Bazas, les éleveurs du territoire ont appris à faire sans cet outil de proximité et commencent à ne plus vraiment croire à son...
« On a dû presque tout tester depuis » : Un an après la fermeture de l’abattoir de Bazas, la débrouille a remplacé l’espoir d’une reprise À Aubiac, Philippe Bedubourg a dû investir dans une bétaillère pour pouvoir absorber les kilomètres en plus.
Kilomètres supplémentaires, nouveaux investissements, organisation chamboulée… Un an après la fermeture de l’abattoir de Bazas, les éleveurs du territoire ont appris à faire sans cet outil de proximité et commencent à ne plus vraiment croire à son retouruinze minutes. Chez les Bedubourg, c’est une durée que l’on aime répéter. Quinze minutes de route, attelage accroché au tracteur, « et les bêtes arrivaient à l’abattoir de Bazas ».
« C’était à côté », redit Philippe. « On pouvait faire plusieurs allers-retours et généralement, on y arrivait le soir, les bêtes y dormaient même jusqu’au petit matin. » Dans cette exploitation familiale d’Aubiac, où près de 200 vaches occupent les bâtiments et les prés alentour, Philippe Bedubourg avait fini par régler une partie de son travail sur cette proximité. Quinze minutes, c’était avant.
Abattoir de Bazas : face aux grilles closes, l’urgence des éleveurs qui s’organisent en association pour tenter de rouvrir « l’outil » Fermé depuis l’automne 2025, l’abattoir de Bazas laisse éleveurs et professionnels de la filière dans l’impasse. Entre solutions de fortune, demande d’accès au site et projet de relance, ils réclament davantage de transparence pour tenter de sauver le siteDepuis la fermeture de l’abattoir, à l’automne 2025 après une procédure de liquidation judiciaire, la carte s’est sérieusement agrandie pour la soixantaine d’éleveurs bovins qui utilisaient régulièrement cet outil, seul abattoir public du département.
Hagetmau, Villeneuve-sur-Lot, Bègles… « On a dû presque tout tester depuis », sonne l’éleveur, accoudé aux larges barrières d’un enclosDans la cour de la ferme, juste à côté, une bétaillère est venue rejoindre le paysage.
« Il a fallu s’équiper pour transporter toutes de bêtes, en une seule fois. » Les kilomètres, eux, se paient désormais en carburant, en temps et parfois en heures de sommeil.
« À Bègles, il faut arriver à 5 heures du matin. Et à la fin, c’est un investissement qu’on ne peut même pas répercuter sur le prix de la viande. Tu le prends pour toi et c’est tout. C’est du temps et du pognon.
» À Bazas, l’abattage se prolongeait aussi quelques mètres plus loin, dans un laboratoire de découpe où certains éleveurs venaient eux-mêmes préparer les colis de viande.
« Là aussi, on a dû revoir les choses. À Bègles, on nous livre les pièces découpées, emballées. J’ai même un voisin qui a dû investir dans son propre labo.
»« À 50 millions d’euros le kilomètre, c’est le prix d’un canadair » : sur fond de risque incendie, les élus du Bazadais votent une motion pour l’abandon de la LGV Dans un territoire particulièrement exposé au projet de LGV vers Toulouse et Dax, les élus du Bazadais ont réitéré leur opposition à la Ligne nouvelle du Sud-Ouest , lors du conseil communautaire de ce mercredi 30 septembre. En toile de fond, le risque incendie devient un argument central dans la contestationCe matin-là, les chiens cavalent entre les grands bâtiments de l’exploitation.
Du foin déborde des hangars. À l’automne dernier, quand la fermeture a commencé à se préciser il y a un an, Philippe Bedubourg avait pourtant tenté et a avait pris son téléphone.
« J’avais chopé une liste. Un par un, je les ai contactés. Il fallait montrer qu’on était là. Mais ça n’a pas suffi.
» À l’automne 2025, la société exploitante est placée en liquidation judiciaire et l’abattoir ferme ses portes. Un an plus tard, Philippe Bedubourg ne croit plus vraiment au retour des bêtes à Bazas.
« Je crois que c’est terminé. Il ne rouvrira pas. » À quinze minutes de chez lui.
« Maintenant, quand je passe devant, ça fait chier. » À quelques kilomètres de là, à Gajac, Myriam Carraz raconte elle aussi une année de débrouille et de doutes.
« Nous, on est obligés d’aller à Bergerac. Ce n’est vraiment pas l’abattoir le plus proche, mais sans ça, on perd notre certification bio. On n’a pas le choix. » Une contrainte que la famille chiffre à près de 1 000 euros supplémentaires par mois, « irrattrapable » « C’est toute la filière qui est en danger derrière.
Et après, on va s’étonner que personne ne veuille s’installer ici. »pour tenter de sauver « un outil de proximité », jugé « structurant pour le territoire ».
« L’association est toujours là », insiste Myriam Carraz, qui en fait partie. « Mais on est bloqués avec un mandataire judiciaire qui ne répond pas. Il n’y a pas grand-chose qu’on puisse faire. » Dans les premiers mois, les éleveurs avaient notamment demandé à utiliser le parking de l’abattoir comme centre de regroupement pour mutualiser les convois.
Ils souhaitaient aussi visiter les lieux, afin d’évaluer les travaux nécessaires à une éventuelle reprise sous forme de coopérative. Mais rien n’a véritablement avancé.
« Je suis de nature optimiste, mais là, j’ai du mal à y croire. Ça reste fermé et ça s’abîme. »À Eymet, le vieil abattoir municipal a pu être sauvé grâce à la mobilisation des acteurs locaux. Un outil essentiel pour la préservation de l’élevage dans le secteurPropriétaire de l’équipement, la Communauté de communes du Bazadais en avait confié l’exploitation en 2017 à la Semop, dont elle demeurait l’actionnaire majoritaire à 62,22 %.
Depuis la liquidation, la collectivité assure elle aussi avoir les mains liées.
« Depuis qu’il y a un mandataire, nous n’avons plus la main dessus », explique Isabelle Dexpert, présidente de la CdC et maire de Bazas. L’élue déplore l’absence de réponse et des délais administratifs à rallonge.
« On demande des informations précises, on ne les a pas. On demande des accès au site… On est bloqués. » Cet été, une visite destinée à la mise en sûreté du site a bien été organisée par le mandataire.
« Même là, on n’a pas de compte rendu. » En attendant, la CdC continue notamment d’assumer la caution bancaire et chiffre à plus de« Ça me désole vraiment de voir ça dans une ville comme la nôtre. Si un porteur de projet arrive, je ne peux même pas lui donner les éléments ni lui faire visiter le site.
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