Le projet de loi de Finances pour 2027, présenté jeudi, propose un effort global de 54 milliards d'euros pour tenter de contenir le déficit à 5% pour l'an prochain. Mais les obstacles politiques, la hausse des coûts d'emprunt sur le marché, et des prévisions de croissance optimistes rendent cette...
Le projet de loi de Finances pour 2027, présenté jeudi, propose un effort global de 54 milliards d'euros pour tenter de contenir le déficit à 5% pour l'an prochain.
Mais les obstacles politiques, la hausse des coûts d'emprunt sur le marché, et des prévisions de croissance optimistes rendent cette cible bien fragile. Barclays retient un déficit de 5,5% pour 2027 qui sera pire que celui de 2026. Promis, le projet de loi de Finance pour 2027 constitue"le contraire d'un budget électoraliste". Le ministre de l'Action et des comptes publics, David Amiel l'a assuré lors de la présentation du texte, jeudi 1er octobre.
À quelques mois de la présidentielle et des législatives, l'exécutif a dévoilé à la fois le projet de loi de finance pour l'an prochain et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale , les deux derniers grands textes budgétaires du second quinquennat Macron. , parmi lesquels une désindexation partielle de la revalorisation des pensions de retraite par rapport à l'inflation, des économies sur les arrêts maladie, un alourdissement de la taxe sur les opérateurs d'autoroutes et d'aéroports, ou encore un gel des allocations familiales et des aides personnelles au logement.
L'ambition affichée par l'exécutif reste de redresser la trajectoire en matière de déficit public. Après 5,4% du produit intérieur brut en 2026, la cible est fixée à 5% pour 2027, ce qui constituait d'ailleurs l'objectif initial pour 2026. Le gouvernement espère parvenir ensuite à un taux de 3% en 2029, ce qui s'apparente évidemment à un vœu pieux au vu des élections prévues l'an prochain.
"À l’approche de l’élection présidentielle, dans un contexte international troublé, à l’heure où la situation des finances publiques est grave , nous disons avec beaucoup de gravité: on ne peut pas mettre la poussière sous le tapis. L’immobilisme serait le décrochage", a déclaré David Amiel. Aussi volontariste qu'affirme être le gouvernement, la présentation du projet du budget 2027 ne semble pas avoir convaincu grand monde, à commencer par le marché.
Certes les investisseurs savaient à quoi s'attendre et les annonces de jeudi avaient largement été anticipées.
"Les obligations françaises n'ont guère réagi à l'annonce du budget, ce qui laisse penser que les investisseurs avaient déjà intégré des inquiétudes budgétaires importantes dans les cours", convient UBS. Mais Alexandre Baradez d'IG Markets souligne que les opérateurs nourrissent des craintes tant sur l'évolution de ce texte ainsi que"sur son délai d'adoption". In fine, la tension ne redescend pas.
Sur le marché obligataire, le rendement du titre d'emprunt de la dette Française a flirté dangereusement avec les 5%, ce vendredi, tapant 4,99% selon les données d'investing.com, avant de refluer. L'écart avec le titre de même échéance de l'Allemagne, considéré comme le thermomètre du stress des investisseurs, a quasiment atteint 160 points de base , un plus haut depuis le début des années 2010.
"Les inquiétudes budgétaires et politiques en France continuent de peser sur la dette de la zone euro et commencent à se transmettre à d’autres marchés périphériques ", tranche John Plassard, de Cité Gestion. Surtout, la crédibilité des objectifs de déficit du gouvernement paraît bien limitée sinon faible au regard des commentaires d'économistes et d'experts. Plusieurs raisons à cela.
D'abord, la projection de croissance pour 2027 du gouvernement, à savoir 1%, semble ambitieuse. La Haut Conseil des finances publiques , chargé d'évaluer indépendamment le réalisme des prévisions du gouvernement, l'a d'ailleurs bien souligné jeudi: la cible de croissance 2027"paraît optimiste au regard des dernières évolutions". Notamment parce que, dans ses hypothèses, l'exécutif table sur un baril de pétrole de mer du Nord qui se détendrait et reviendrait à 80 dollars l'an prochain; contre pas loin de 100 dollars actuellement.
Le HCFP soulignait que les prévisions des grands instituts retiennent un taux de 0,1 à 0,3 point inférieur à celui du gouvernement. Barclays partage ce constat et table sur 0,8% de croissance pour 2027. La banque juge les projections du gouvernement"irréalistes" en raison du"frein que constitue la hausse des prix de l'énergie, qui s'est jusqu'à présent fait davantage sentir en France qu'ailleurs, ainsi que les effets négatifs de l'incertitude politique et de la hausse des taux d'intérêt".
Rappelons que, par essence, une croissance plus faible qu'escompté est synonyme d'activité moins dynamique et de rentrées fiscales moins importantes et donc de déficit plus compliqué à maîtriser. Autre point d'inquiétude: la flambée des rendements obligataires. Cette poussée de fièvre a toutes les chances d'alourdir la charge de la dette, rendant de facto plus difficile la réduction du déficit.
"Les prévisions budgétaires du gouvernement ne tiennent pas compte de la dernière hausse des taux à long terme. Elles reposent sur un taux de l'OAT à 10 ans de 4,2% à la fin de 2026 et d'une moyenne de 4,3% en 2027, alors que les taux actuels sur les titres au comptant avoisinent les 5%", cingle Barclays.
"La forte hausse des taux des obligations d'État françaises observée ces derniers mois accentue les risques qui pèsent sur la solidité budgétaire de la France si les coûts d'emprunt devaient se maintenir durablement à des niveaux proches ou égaux à leurs plus hauts actuels", abonde l'agence de notation Moody's qui se prononcera sur la note de la France le 23 octobre. Barclays reprend une estimation fournie par le gouvernement, à savoir qu'une hausse"durable" des rendements obligataires de 100 points de base renchérirait les coûts d'emprunt de la France de 3,4 milliards d'euros au bout d'une année et de 8,1 milliards d'euros au bout de la deuxième.
"Toute augmentation du déficit qui en résulterait serait en outre aggravée par l'impact négatif de la hausse des coûts d'emprunt sur l'activité économique", ajoute au passage Barclays. Au-delà de ces aspects techniques, les obstacles politiques compliquent évidemment la donne. Aucune majorité n'existe à l'Assemblée nationale et, comme les précédents projets de loi de finances des deux dernières années, les textes budgétaires pour 2027 risquent de ne pas être adoptés ou d'être vidés de leur substance en matière d'économies.
"L'adoption des deux projets de loi de finances est loin d'être certaine, car les tensions politiques risquent de s'intensifier au sein d'un Parlement français très fragmenté à l'approche de l'élection présidentielle d'avril 2027 et des élections législatives qui devraient suivre", alerte Moody's. "Sans majorité capable de porter une trajectoire durable, les promesses de réduction du déficit perdent de leur crédibilité", écrit de son côté Antoine Fraysse-Soulier, responsable de l'analyse des marchés pour Etoro.
Barclays pense que le budget sera adopté. Mais la banque britannique considère que le gouvernement devra faire des concessions pour que les projets de lois obtiennent le feu vert du Parlement.
"Compte tenu de la difficulté à trouver un terrain d'entente sur d'autres mesures de réduction du déficit, ces concessions pourraient entraîner une dilution de l'ajustement budgétaire prévu et rendre l'objectif de déficit de 5% plus difficile à atteindre", anticipe Barclays. Au final, la banque retient un taux de déficit public pour 2027 à 5,5% du PIB, soit encore pire qu'en 2026 dans ses estimations .
"Un nouveau retard dans la consolidation budgétaire écornerait un peu plus la crédibilité de la France", prévient à ce titre Stéphane Colliac, de BNP Paribas. "Le projet de budget met en évidence les difficultés budgétaires et politiques, alors que la forte hausse des taux de rendement accentue les risques de crédit", synthétise Moody's.
"La situation actuelle ne signifie pas nécessairement que la France se dirige vers une crise de la dette comparable à celle qu’ont connue certains pays européens entre 2010 et 2012. La France conserve un accès profond aux marchés financiers", relativise toutefois Christopher Dembik.
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