Que se passe-t-il entre un judoka et son coach avant l’entrée en lice, le soir dans le calme de l’hôtel, le matin à l’échauffement et pendant un affrontement? Athlètes et coachs de l’équipe de France ont accepté de raconter ses moments où il est question de préparation stratégique mais surtout de...
Que se passe-t-il entre un judoka et son coach avant l’entrée en lice, le soir dans le calme de l’hôtel, le matin à l’échauffement et pendant un affrontement?
Athlètes et coachs de l’équipe de France ont accepté de raconter ses moments où il est question de préparation stratégique mais surtout de mise en confiance juste avant les Mondiaux qui débutent dimanche à Bakou. Le tirage au sort est tombé, la pesée a été validée. Il reste une soirée et une nuit avant d’entrer dans l’arène.
En règle générale, les coaches laissent passer quelques heures avant d’initier la préparation du premier combat devant l’ordinateur: "Je demande à l’athlète avec quelles informations il arrive sur son premier tour", pose Stéphane Frémont, entraîneur national en charge de l’analyse de la performance.
"On a éduqué la génération Forces Spéciales comme ça. Qu’a-t-il vu chez l’adversaire? On croise avec nos données. On voit si on est d’accord sur la stratégie à adopter.
Quand on part à la guerre il faut connaître son adversaire.
" Une stratégie, c’est choisir où appuyer jusqu’à ce que l’autre change de tactique. Si ça n’évolue pas, appuyer jusqu’à ce que ça craque.
"Avant de parler du tirage on parle de comment il va, comment il appréhende l'événement", raconte Ludovic Delacotte, coach des masculins. Est-ce qu'il a un niveau de stress important? Est-ce qu'il gère bien les émotions? La stratégie c'est presque le plus simple à mettre en place.
Ils sont entraînés, moi ce qui m’importe c'est un déchiffrage du profil de la personne en fonction de ce qu'il est, de ce qu'il fait.
" Certains athlètes, comme Sarah-Léonie Cysique, ne veulent pas d’une dernière nuit pleine de stress. Elles n’ont pas ce passage tactique la veille.
Cependant, Kilian Le Blouch, entraîneur féminin, les interroge sur leurs intentions, sur le bilan de ce qui a été bien fait pendant la préparation. Passée par les équipes nationales de Grande-Bretagne et de Suède, Jane Bridge, qui officie avec les féminines, note qu’en France"on a trop tendance à penser aux points forts de l’adversaire.
" La veille, elle"écoute l’athlète pour résumer la tactique en 2-3 points essentiels", parfois en entendant l’avis d’un coach de club. Tous sont unanimes: il ne faut pas s’éparpiller sur cette séquence vidéo.
"Si on donne trop d’informations, l’athlète s’y perd conclut Franck Chambily. Trente minutes c’est bien.
""C’est comme un examen, on ne révise pas juste avant", conclut Romain Valadier-Picard.. C’est au petit-déjeuner que la double médaillée olympique des moins de 57kg découvre son premier tour. Direction la salle d’échauffement. Walide Khyar, le médaillé mondial des moins de 66kg, répète toujours le même échauffement par crainte de l’espionnage.
"J’ai un échauffement type, le coach toujours pas loin, comme j’ai fait la vidéo la veille j’ai mémorisé. Je n’ai pas envie de montrer ce que je prépare à l’échauffement.
" Lors du dernier tournoi de Lausanne, Jane Bridge et Célia Cancan avaient donné le change quelques minutes à côté des Israéliens avant de s’éclipser pour travailler les vrais points dans un coin à l’abri des regards avant le combat face à Raz Hershko. La pression monte chez les athlètes:"Il faut apporter de la confiance et de l’accompagnement. Il ne faut pas faire passer le doute, l’athlète le ressent", prévient Chambily.
Manon Deketer, vice-championne d’Europe 2026 en moins de 63kg, image joliment.
"En compétition je ne veux pas qu’on me mette de pression. Un coach, c’est une épaule sur laquelle me poser et une oreille qui peut m’écouter.
" Par rapport à la veille, on est sur un rappel oral. On ne sort pas la tablette. Les coachs interrogent leur judoka pour savoir si tout est carré dans la stratégie. Clarisse Agbégnénou, Romain Valadier-Picard, Romane Dicko...
Ils répètent que le travail n’est plus à faire, tout a été"automatisé", selon la sextuple championne du monde. Après une victoire ou une défaite s’il y a un repêchage, les coachs récupèrent les athlètes. D’abord, une phase de récupération, puis ils repartent sur un rapide brief sur la prochaine marche à suivre. Parfois avec un débriefing du combat passé si un point a été raturé.
"Le coaching, c’est de la voix", aime dire Shirine Boukli, championne d’Europe en moins de 48kg. "Je vais placer ma confiance en quelqu’un. C’est une présence qui te donne une confiance en plus. Tu te questionnes tu doutes, le coach va appuyer.
C’est une présence qui va faire un petit plus mais au fond on est tout seul.
" Il y a ceux qui ont besoin d’amour, comme Audrey Tcheuméo, championne du monde 2011. "Je suis encore un gros bébé. Je suis beaucoup à l’instinct, j’ai toujours été comme ça. Il faut des mots qui me transcendent, qui me donnent un second souffle, des mots qui donnent envie.
Il faut me parler avec le cœur, il n’y a pas de tactique.
", médaillée européenne: "Je marche aux coups de pression. Je veux qu’on me booste plus qu’on me rassure.
" À l’instar de, le champion du monde des moins de 73kg, et son compère Maxime-Gaël Ngayap-Hambou, troisième des JO 2024 . "Avec eux, je suis sur un discours un peu plus guerrier, sur les attitudes, la prestance, l’impact qu’il faut mettre", décrit Ludovic Delacotte. Avant le tatami il y a la chambre d’appel.
"je demande au coach s’il a confiance en moi. Je veux sentir que mon coach est avec moi, qu’il me montre que ça va le faire" explique Romane Dicko, championne du monde des +78kg. C’est le moment d’aller disputer le premier combat d’une journée qui peut s’étaler de 9h du matin jusqu’à 19h30. La fédération internationale de judo a beaucoup évolué sur la question du coaching.
Les entraîneurs ne peuvent parler que pendant les"matte", les pauses qui font repartir un combat de la position debout. Un temps d’une dizaine de secondes en moyenne. Cette compréhension mutuelle a progressé par les heures d’entraînement côte à côte. Un regard, un mot peuvent suffire.
Souvent c’est un peu une chanson de gestes: "Il ne faut pas avoir à chercher le coach", appuie Clarisse Agbégnénou.
"Il faut trouver les bons moments, les moments clés, si l'athlète est essoufflé il n'entend pas. Il faut un moment de pause pour être entendu", rappelle Franck Chambily. L’ancien coach de"Mon style c’est d’être à fond avec les athlètes, de vivre le truc avec elles", image celui qui sert parfois encore de partenaire. J’essaye d’être synthétique, des phrases courtes, des mots-clés, de changer de ton de voix.
" Il peut aussi lui arriver d’appeler son athlète de telle ou telle façon suivant ce qu’il peut avoir à demander. Sur la chaise, le coach peut transpirer d’émotions. Elles ne doivent pas contaminer l’athlète.
"J’aime le coaching positif, toujours dans le mode ‘essaye plutôt ceci’. Quand le coach commence à montrer de la panique, si lui est stressé je me dis que ça ne sent pas bon", éclaire Kaïla Issoufi, troisième des Europe 2026 en moins de 78kg. Le matin, Jane Bridge effectue des respirations dans sa chambre d’hôtel. Elle aspire à dégager"calme et sérénité" sur la chaise.
Pourtant, la Britannique sait aussi hausser la voix"A Lausanne, avec Romane Dicko, on avait mis une tactique en place contre la Russe. Pendant une séquence ou deux je trouvais qu'elle pensait tellement à la tactique qu'elle avait oublié l'attitude. Je lui ai dit ‘tu y vas, tu percutes', elle m'a regardé, je lui ai demandé si elle avait compris et ça l'a secouée.
" La Russe Startseva en avait été quitte pour un voyage au tapis. Sarah-Léonie Cysique"n’aime pas que l’on crie. Cela fait l’effet inverse, je n’arrive plus à écouter.
" À Bakou, le judo ce n’est pas qu’un sport individuel c’est un vrai sport de couple. "Ces enfants ont vécu un calvaire": les révélations accablantes sur le système Olhats, le "mentor" de Griezmann condamné pour atteintes sexuelles sur mineursCourse-poursuite jusqu'à l'aéroport, coéquipiers snobés... le rocambolesque départ de Cristiano Ronaldo de la sélection portugaise "Dieu est arrivé", la fierté de Thierry Henry après les débuts de Zidane à la tête de l’équipe de France "Je n’ai vraiment pas la tête à ça à 29 ans": la réponse cash de Dembélé sur ses rapports avec Mbappé
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