La mobilisation lycéenne partie de Créteil s'est étendue à toute la France, avec 61 établissements bloqués et 78 interpellations, sur fond de tensions politiques.
Le 17 septembre, un blocage a eu lieu au lycée Saint-Exupéry de Créteil, dans le Val-de-Marne, à l'appel des enseignants protestant contre un manque de personnel et de moyens. Les élèves se sont joints au mouvement, donnant naissance à une mobilisation lycéenne qui s'est répandue dans toute la France en l'espace de deux semaines, entre interpellations, accusations de violences policières et débats sur une éventuelle récupération politique.
Des revendications de moyens et d'égalité
Les élèves du lycée Saint-Exupéry ont barré l'accès à l'établissement avec des poubelles et des barrières récupérées sur des chantiers voisins. Parmi les pancartes brandies, l'une demandait les moyens de réussir, une autre affirmait que l'éducation est un droit et non un privilège.
Shiraz, 15 ans, a expliqué à l'AFP constater une très large différence de moyenne générale entre les classes de seconde à Paris et en banlieue. Elle a estimé que les élèves ne devraient pas vivre dans cet état simplement parce qu'ils ne sont pas dans la capitale.
Des vidéos courtes du blocus du lycée cristolien ont circulé sur les réseaux sociaux, d'abord visionnées par quelques personnes, puis de plus en plus. Le mot s'est propagé rapidement.
Un soutien politique controversé
Le lundi 21 septembre, Louis Boyard, député LFI de la 3e circonscription du Val-de-Marne, s'est rendu devant le lycée bloqué pour apporter son soutien aux lycéens dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. Entouré de nombreux élèves tenant des pancartes, il s'est adressé au président de la République, affirmant que cette jeunesse de banlieue demandait simplement liberté, égalité et fraternité, et que si ces valeurs ne leur étaient pas accordées, ils viendraient les récupérer par eux-mêmes.
Les jours suivants, le mouvement a pris de l'ampleur. Le jeudi 24 septembre, une dizaine de lycées étaient bloqués en Île-de-France. Au lycée Auguste-Blanqui à Saint-Ouen, Abdelaziz, élève de seconde, a dénoncé des journées de 8h à 18h les lundi et mardi, des classes de 34 élèves et parfois l'absence de chaises ou de tables libres. Il a indiqué qu'un groupe Snap avait été créé pour convoquer un blocus, après avoir constaté que cela fonctionnait dans d'autres lycées.
Ce même jeudi, des dégâts matériels ont été constatés dans l'établissement, après des actes de vandalisme ou des tirs de mortiers d'artifice. Un élève de première a expliqué à l'AFP que le blocus était pacifique au départ, mais qu'il a dérapé quand une quinzaine de jeunes extérieurs au lycée, venus d'une autre ville, en ont profité pour commettre des dégradations.
Polémique sur l'instrumentalisation politique
Le rectorat de Créteil a assuré qu'il ne s'agissait pas d'un mouvement politique, mais d'un mouvement d'élèves sur des éléments concrets propres à chaque établissement, tout en reconnaissant un effet d'entraînement sur les réseaux sociaux. Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a toutefois adopté un discours différent sur X, affirmant que les difficultés scolaires doivent être entendues et traitées, mais qu'instrumentaliser politiquement la jeunesse et empêcher les élèves d'apprendre ne résout aucune de ces difficultés.
Valérie Pécresse, présidente du conseil régional d'Île-de-France, avait déclaré la veille vouloir se battre contre toute tentative d'instrumentalisation politique des lycéens. Face à ces critiques, deux autres élus LFI ont pris la parole. Tard dans la soirée de jeudi, le maire de Saint-Denis et de Pierrefitte-sur-Seine a écrit sur X regretter les violences et dégradations survenues, tout en défendant le droit des jeunes mobilisés dans un lycée de sa ville à exprimer leurs revendications en toute sécurité. Thomas Portes, député LFI de la 3e circonscription de la Seine-Saint-Denis, a partagé sur Instagram une vidéo d'une arrestation violente d'un lycéen à Sarcelles, dénonçant une France qui utilise la police pour réprimer et tabasser la jeunesse.
Le vendredi 25 septembre, alors que 61 établissements étaient concernés dans dix départements, la police a procédé à 78 interpellations. Le ministre de l'Éducation a publié un nouveau message accusant directement La France insoumise, affirmant que des députés LFI encouragent depuis mercredi des jeunes à bloquer les lycées et que leur appel à étendre les blocages assume une instrumentalisation politique de la jeunesse.
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