'Les variétés résistantes poussent de façon spectaculaire' : en Haute-Garonne, les pépiniéristes en première ligne face au réchauffement climatique

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'Les variétés résistantes poussent de façon spectaculaire' : en Haute-Garonne, les pépiniéristes en première ligne face au réchauffement climatique
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Quels arbres pousseront demain en Haute-Garonne ? Alors que les épisodes de chaleur et de sécheresse se multiplient, les pépiniéristes voient évoluer les espèces qui résistent le mieux et adaptent progressivement...

Quels arbres pousseront demain en Haute-Garonne ? Alors que les épisodes de chaleur et de sécheresse se multiplient, les pépiniéristes voient évoluer les espèces qui résistent le mieux et adaptent progressivement leurs gammes.

Verra-t-on demain davantage d’arbres venus de régions plus chaudes remplacer certaines essences traditionnelles ? Nous n’en sommes pas encore là. Mais le réchauffement climatique amorce déjà un changement dont les vagues de chaleur de cet été et la sécheresse persistante donnent un avant-goût. Dans les pépinières, les professionnels sont en première ligne pour observer ces évolutions et adapter progressivement leurs productions et leurs conseils.

Beaucoup, à l’image d’Eric Caussat, pépiniériste et entrepreneur paysagiste à Daux, constatent les difficultés rencontrées par certaines essences habituelles.

"Sur une même parcelle, des frênes, qui poussaient très bien depuis toujours, crèvent littéralement. À côté, les variétés résistantes poussent de façon spectaculaire. C’est le même sol, les mêmes arrosages, mais les résultats sont sans appel", témoigne-t-il. Cette photo d'Eric Caussat montre des chênes du sud des Etats-Unis ayant poussé de "façon spectaculaire" cet été aux côtés de frênes.

Dans sa pépinière, le professionnel observe ainsi un intérêt croissant pour des essences originaires de régions plus chaudes, notamment d’Amérique du Sud ou d’Asie du Sud-Est. Une évolution qui dépasse d’ailleurs les frontières françaises.

"Les Suédois et les Hollandais cherchent désormais des variétés du Sud-Ouest pour remplacer leurs arbres locaux. Les cycles naturels migrent vers le nord. Toutes les espèces remontent. Ce qui pousse ici sera bientôt planté dans le Nord", estime Eric Caussat.

Il travaille également avec des espèces venues du Mexique, d’Asie, mais aussi d’Iran ou du Turkménistan.

"Le problème, c’est de récupérer les graines. "Cette évolution est déjà particulièrement visible dans l’Aude, selon Olivier Baron, directeur des Pépinières départementales de l’Aude, venu récemment partager son expérience et ses conseils avec la municipalité toulousaine. "Cela fait trois ans qu’on fait face à des températures de plus en plus élevées et à un manque d’eau persistant. Jusqu’à présent, on constatait des arbres qui mouraient par-ci, par-là, mais cette année, c’est massif.

Les frênes, même méditerranéens, le peuplier, le robinier… Beaucoup d’essences dépérissent. Ce ne sont pas des arbres brûlés par des feux, mais des arbres asséchés par une chaleur incroyable.

"ENTRETIEN. "On bascule dans un nouveau monde" : comment le réchauffement climatique a impacté le tourisme cet été dans le Grand Auch Pour lui, le phénomène pourrait concerner d’autres territoires d’Occitanie. "C’est toute une gamme d’essences qui étaient autrefois cultivées ici ou qui poussaient spontanément qui résistent de plus en plus difficilement. Même les amandiers sauvages des coteaux s’assèchent.

On ne parle pas d’irrigation, mais de plantes spontanées qui meurent faute de résistance au stress hydrique. Ce qu’on vit dans l’Aude pourrait tout à fait se produire ailleurs, notamment en Haute-Garonne.

" Pour Olivier Baron, cette situation impose également de revoir certaines habitudes de plantation. "Il faut tout repenser. Jusqu’ici, le credo, c’était de produire des arbres déjà grands, prêts à planter dans l’espace public. Mais ces grands arbres sont très fragiles : il faut les arroser trois ans minimum et ils n’ont pas le temps de s’adapter.

" Il recommande désormais davantage de jeunes plants d’un ou deux ans, bien enracinés. Une approche moins spectaculaire au départ, mais qui vise à favoriser l’adaptation des arbres une fois plantés. Chez Michel Nicola, agriculteur et pépiniériste, les conséquences du changement climatique se font également sentir dans les cultures. Le maïs n’est plus cultivé depuis une trentaine d’années et le tournesol a lui aussi progressivement laissé place à d’autres cultures.

"On a eu la chance que le colza et le blé s’en sortent à peu près bien cette année. C’était une récolte moyenne, on ne perd pas d’argent, mais ce n’est pas exceptionnel. Après, pour la pépinière, on a dû puiser dans nos économies.

""Les récents épisodes de fortes chaleurs combinés à la sécheresse ont durablement impacté notre patrimoine arboré"... Un arbre va être abattu à Blagnac après la chute de plusieurs branches Du côté des acheteurs et revendeurs, les professionnels constatent également une évolution de la demande.

"Les gens veulent du costaud : du Méditerranéen, du sec, pas trop d’entretien. Ce n’est pas juste une mode : on voit bien que c’est parce que le climat change. D’ailleurs, nous-mêmes, on envisage d’adapter nos choix pour vendre ce qui tient le mieux", témoigne une salariée souhaitant rester anonyme. Aux Pépinières Bauduc, au Fauga, cette adaptation s’inscrit dans un travail de long terme.

"Notre stratégie, c’est d’éviter au maximum les variétés qui ne supportent pas la sécheresse ou le gel", explique Pierre Brion, cogérant de l’entreprise. Le pépiniériste s’appuie notamment sur les observations réalisées au fil des années.

"Après plusieurs années d’observation, on voit bien que des espèces qui allaient très bien par le passé ne supportent plus autant de jours de grosse chaleur. On arrête donc de les produire ou de les conseiller, et elles disparaissent progressivement de notre gamme. C’est vraiment un travail de fond, qui s’étend sur dix à quinze ans.

"La gestion de l’eau est devenue un autre axe d’adaptation majeur. Pour limiter sa consommation, la Pépinière Bauduc a investi depuis deux ans dans un système développé par la société française LM Innovation. Le dispositif fait circuler l’eau dans un vortex, au contact notamment d’une porcelaine intégrant de la silice. Selon le fabricant, ce procédé permettrait d’améliorer l’efficience de l’eau utilisée pour l’irrigation.

"Ça restructure l’eau qui passe dedans avant d’arriver jusqu’à nos pompes, ce qui améliore son absorption par les plantes", explique Pierre Brion. "C’est basé sur l’observation de l’eau d’orage, qui est mieux assimilée. " Selon le pépiniériste, le système aurait permis d’économiser environ 30 % d’eau. "Ce n’est pas rien.

"REPORTAGE. "Ça me fait vraiment de la peine de voir ces arbres coupés" : à Ayguesvives, le chancre coloré fait encore des dégâts sur les platanes du canal du Midi, au grand dam des promeneurs D’autres adaptations sont mises en place : renforcement des ombrières, échanges entre salariés sur les retours d’expérience des clients pour"sélectionner plus finement les espèces", mais aussi recherches autour de micro-organismes susceptibles d’améliorer la rétention d’eau dans les sols.

"On reste en veille sur les innovations parce qu’on sait très bien que la gestion du climat, des sécheresses aux pluies extrêmes, voire à la grêle, c’est devenu le cœur du métier. "À Toulouse, chez La Milpa, spécialisée dans l’installation et l’entretien des espaces verts, l’adaptation passe notamment par la gestion de la température dans les serres. Des voiles d’ombrage ont été installées afin de réduire de 40 % le rayonnement solaire et de limiter la montée en température.

"À 38 ou 40 °C, pratiquement rien ne germe", déplore Romain Bouville, le cogérant. Depuis cette année, l’entreprise a donc modifié sa méthode de germination. Les semis sont réalisés dans des caissettes ensuite stockées pendant 48 heures dans un espace plus frais, comme un hangar.

"Là, on a au moins une température qui ne grimpe pas au-delà de 30 °C, ce qui fait une vraie différence. Après ces 48 heures, dès que la germination a démarré, on replace les plants sous serre. On limite pas mal de pertes comme ça.

" Pour 2027, Romain Bouville envisage également d’installer un système de brumisation et d’améliorer encore l’aération des serres. "En créant plus de trous, car on n’a jamais trop d’aération dans ce genre de structure. " Ces adaptations témoignent d’un même mouvement : observer ce qui résiste, modifier les pratiques et tester les végétaux capables de supporter le climat de demain. Depuis 2020, la Ville de Toulouse travaille à adapter ses plantations à l’évolution du climat.

Avec l’ONF, le Muséum et différents spécialistes, elle a élaboré une palette végétale d’environ 200 essences, sélectionnées pour leur capacité à résister aux sécheresses, aux canicules, aux pluies intenses, au vent et aux différents sols toulousains. Une version simplifiée, accessible sur le site de la mairie, présente une centaine d’essences avec photos et conseils de plantation, afin d’aider également les particuliers dans leurs choix.

« C’est une liste d’essences précises dont on pense qu’elles résisteront aux sécheresses, aux canicules, aux précipitations intenses mais aussi au vent et à la diversité des sols propres à Toulouse, explique Clément Riquet, élu chargé des espaces verts à la mairie de Toulouse. Objectif : observer et tester dès aujourd’hui les essences capables de s’adapter au climat toulousain de 2100. Découvrez nos offres spéciales avec Google

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