Le Premier ministre britannique rouvre le débat sur le Brexit: le Royaume-Uni peut-il faire marche arrière et réintégrer l'Union européenne?

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Le Premier ministre britannique rouvre le débat sur le Brexit: le Royaume-Uni peut-il faire marche arrière et réintégrer l'Union européenne?
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Six ans après sa rupture avec Bruxelles, le Royaume-Uni questionne sa réintégration dans l'Union européenne, les effets négatifs du Brexit étant largement reconnus, notamment sur l'économie. Un scénario qui semble 'politiquement irréalisable'.

Des centaines voire quelques milliers d'europhiles ont manifesté samedi à Londres en faveur du retour du Royaume-Uni au sein de l'Union européenne. IllustrationSix ans après sa rupture avec Bruxelles, le Royaume-Uni questionne sa réintégration dans l'Union européenne, les effets négatifs du Brexit étant largement reconnus, notamment sur l'économie.

Un scénario qui semble"politiquement irréalisable". , a affirmé ce mardi 29 septembre vouloir présenter"différentes options" pour les relations à long terme avec l'UE à l'occasion d'un sommet prévu d'ici à la fin de l'année. Et le retour dans l'UE en fait partie.

"En théorie, légalement, c'est possible. C'était tout à fait légal de sortir, comme ils l'ont fait: ils pouvaient sortir et ils peuvent re-rentrer", assure à BFM Sébastien Maillard, conseiller spécial à l'Institut Jacques Delors.

"Mais ce qui est légalement possible, n'est pas franchement politiquement réalisable", contrebalance le spécialiste basé à Londres. Pour envisager une nouvelle adhésion à l'Union européenne, il faudrait que la candidature du Royaume-Uni soit acceptée à l'unanimité par les 27 États membres.

"Un traité d'adhésion de l'Union européenne devra être ratifié dans chacun des pays. En France, cela implique qu'une majorité des trois cinquièmes à l'Assemblée et au Sénat accepte que le Royaume-Uni revienne", détaille Sébastien Maillard. Un tel processus engendrerait des années de négociations, au sein du peuple britannique puis avec les instances européennes et les États membres. Et ce, seulement six ans après avoir clôturé l'épineux sujet.

Au total, trois années avaient été nécessaires pour que le Royaume-Uni quitte l'Union européenne après le référendum de 2016, sa sortie n'étant effective que le 31 janvier 2020.

"Je pense que les États membres regarderont quand même à deux fois si le Royaume-Uni voulait réintégrer l'Union européenne. On ne peut pas faire des allers-retours comme ça", considère Jean-Luc Demarty, ancien directeur général de l'Agriculture et du Commerce extérieur à la Commission européenne, contacté par BFM.

"C'est politiquement irréaliste, du point de vue de l'UE et du Royaume-Uni. " "Le Brexit a quand même laissé beaucoup de traces, les États membres ne sont pas impatients de rediscuter une adhésion après avoir négocié longuement et péniblement la sortie", abonde l'ancien directeur de l’Institut Jacques Delors, Sébastien Maillard. Ce n’est pourtant pas le message qu’a envoyé Emmanuel Macron ce mercredi 30 septembre, même s’il ne sera probablement plus à la tête du pays lorsque d’éventuelles discussions débuteront.

"Si les Britanniques veulent revenir et si le Premier ministre va dans ce sens, je pense que c'est une très bonne nouvelle à la fois pour son pays et pour les Européens", a déclaré le président français lors d'une conférence de presse à Madrid. Andy Burnham"a raison d'avoir cette audace", a-t-il estimé. À ses côtés, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a adopté la même position.

"Le Brexit a été une énorme perte, tant pour la population britannique que pour l'ensemble du projet européen. Par conséquent, si le Royaume-Uni prenait une décision dans le sens que vous évoquez, alors, bien sûr, l'Espagne l'applaudirait et ouvrirait de nouveau les bras à un peuple frère", a-t-il assuré.

Avant la prise de parole d'Emmanuel Macron, le ministre délégué chargé de l'Europe, Benjamin Haddad, avait expliqué auprès de BFM que la France"était toujours favorable à permettre de resserrer les liens entre l’Union européenne et le Royaume-Uni".

"Cependant, il ne faut pas que ce soit un partenariat à la carte. N’étant plus État membre, le Royaume-Uni n'a plus les mêmes obligations mais pas non plus les mêmes droits que les autres pays au sein de l’UE", a précisé le ministre.

Au cours de ses 47 années d'adhésion, le Royaume-Uni a profité de plusieurs dérogations à des politiques fondamentales: il a conservé sa monnaie, il ne faisait pas partie de l'espace Schengen et profitait d'un rabais sur ses contributions au budget de l'Union. Sans ce rabais, négocié en 1984 par Margaret Thatcher, le Royaume-Uni paierait au moins cinq milliards de livres sterling de plus par an pour son adhésion qu'avant le Brexit, selon le dernier commissaire européen britannique, Julian King, Il est difficilement envisageable que le Royaume-Uni bénéficie, en cas de retour, des exceptions dont il jouissait avant son départ.

"Je ne pense pas qu'il y ait une volonté d'ouvrir la voie à de nouvelles décennies d'exception britannique", a avancé,, Georg Riekeles, ancien conseiller de la cellule de crise de l'UE sur le Brexit. "Le prix de cette réintégration serait une adhésion aux conditions normales". "La principale dérogation, la monnaie, ça peut peut-être se gérer", juge de son côté l'ancien haut fonctionnaire européen Jean-Luc Demarty.

Pour exemple, la Pologne et la Suède, membres de l'UE possèdent toujours leur monnaie nationale, et se sont engagés à rejoindre la monnaie unique à l'avenir, sans qu'un calendrier ne soit fixé.

"Mais le reste des dérogations sûrement pas. La logique était de permettre au Royaume-Uni de plaider en faveur de la continuation de son appartenance à l'UE, ce qui serait plus le cas dans le cadre d'une réadhésion", abonde-t-il.

"Aller jusqu'au bout", sous entendu revenir complètement dans l'Union européenne, n'est pas la seule"option" envisagée par le Premier ministre britannique Andy Burnham. Le locataire du 10, Downing Street a remis sur la table deux autres scénarios: un retour uniquement dans le marché unique ou dans l'union douanière.

"Si le Royaume-Uni revient dans le marché intérieur, cela signifie qu'il accepte comme la Norvège et l'Islande, de s'aligner complètement sur le droit européen, sans avoir son mot à dire dessus, sans être capable d'influer le processus politique", nous explique Sébastien Maillard. "Le slogan du Brexit, c'était 'take back control', là, ça serait tout l'inverse. Je ne suis pas sûr que politiquement ce soit très vendable".

"Ce qui est acceptable entre guillemets pour des 'petits pays' l'est plus difficilement pour 'des grands', surtout pour le Royaume-Uni qui en tant qu'État membre pouvait largement appuyer les législations européennes", abonde le spécialiste des relations entre l'UE et le Royaume-Uni. En cas d'intégration à l'union douanière, le Royaume-Uni devra se plier à la politique de libre-échange de l'Union européenne.

"Il ne pourra pas faire ses propres accords de libre-échange avec l'Inde ou avec d'autres parties du monde", rappelle Sébastien Maillard qui estime que ces deux autres"options" sont aussi"politiquement irréalisables" que l'adhésion complète. Pour l'ancien directeur général de l'Agriculture et du Commerce extérieur à la Commission européenne, Jean-Luc Demarty, elles seraient toutefois"probablement plus acceptées par les États membres".

"Ça éviterait des frictions en termes de commerce", avance-t-il, jugeant que l'union douanière - proposée par la Commission européenne après le référendum mais rejetée"pour des raisons politiques" par Theresa May et Boris Johnson - serait"la meilleure formule". "Un rapprochement plus grand, fait sens, mais faut voir jusqu'où", ajoute-t-il. Le Parti travailliste a remporté les élections de 2024 sur la promesse d’un rapprochement avec l’UE. Mais le sujet reste sensible et divise au Royaume-Uni.

Le Labour doit composer avec un Parti conservateur réticent ou avec Reform UK, le parti nationaliste de la figure de proue du Brexit Nigel Farage, totalement opposé.

"Nous ne sommes pas vos ennemis": le Royaume-Uni supplie l’Europe de ne pas l’exclure de son "Made in Europe", Paris dit "non" mais Berlin "pourquoi pas" Dans le même temps, une majorité de Britanniques considère que la sortie de l’Union européenne était une erreur. Si un nouveau référendum devait avoir lieu, 55% des électeurs opteraient pour un retour dans le bloc, selon une enquête de l'institut Survation publiée début juin.

"Il y a maintenant ici ce qu'on appelle le regret du Brexit, le 'Brigret'", souligne Sébastien Maillard. Les effets négatifs du Brexit sont largement reconnus, notamment sur l'économie.

"Je pense que l’on peut considérer les prochaines élections législatives britanniques, prévues en 2029, comme une sorte de nouveau référendum sur l’Europe", avance le spécialiste de l’Institut Jacques Delors.

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