Chaque année, la France génère 3,8 millions de tonnes de déchets alimentaires, soit 55 kg par habitant. Ce gaspillage coûte environ 16 milliards d'euros et concerne les particuliers comme les acteurs de la production, de la distribution et de la restauration. Malgré dix ans de mobilisation, les chiffres restent presque inchangés. Le texte appelle à considérer les surplus comme un dysfonctionnement à corriger, et non comme une normalité, afin de limiter les impacts économiques, sociaux et environnementaux du gaspillage alimentaire.
J’en fais le constat malheureux chaque jour. Dans notre société, nous avons fini par banaliser le geste de jeter de la nourriture. Le yaourt d'un jour périmé, le pain de la veille, les fruits un peu abîmés, les invendus d'un rayon en fin de journée : tout cela part à la poubelle sans que personne ne s'arrête vraiment.
Pourtant, aucun aliment ne devrait être considéré comme sans valeur. Ni pour le climat, ni pour celles et ceux qui le produisent, ni pour notre société. Les chiffres, aujourd'hui, sont sans appel. Selon les dernières données du ministère de la transition écologique, la France génère chaque année 3,8 millions de tonnes de gaspillage alimentaire, soit 55 kg par habitant.
C'est l'équivalent de 122 kg jetés chaque seconde à la poubelle. Cela représente 19 kg jetés à la maison, le reste étant réparti entre production agricole, industrie, distribution et restauration. Ce gaspillage a un coût très concret : environ 16 milliards d'euros par an selon l'Ademe. Et il a un coût humain, social et environnemental.
Cela fait 10 ans que nous répétons ces chiffres. 10 ans que des entreprises, des collectivités et des associations se mobilisent, avec des résultats réels. Et pourtant, ces chiffres ne bougent presque pas. Mais ce mouvement reste insuffisant pour être à la hauteur de l'enjeu. Le problème n'est donc pas que nous ignorons le gaspillage.
Le problème est que nous ne le traitons pas à la hauteur de son coût réel et nous n’identifions pas suffisamment les intérêts à le réduire. Il faut le dire sans détour : nous avons fini par considérer les surplus comme une normalité de fonctionnement plutôt que comme un dysfonctionnement à corriger. Cette normalité est pourtant très récente.
Pendant l'essentiel de notre histoire, le reste d'un repas n'était pas un déchet mais une ressource que l'on faisait circuler : une denrée de"deuxième bouche", pour reprendre la lecture qu'en fait l'historien Jean-Paul Aron, qui permettait, du Grand Couvert de Louis XIV jusqu'aux tables les plus modestes, de nourrir plusieurs étages de la société à la fois. C'est avec l'essor de l'industrie agroalimentaire, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, que le surplus a été relégué au rang de simple déchet.
En à peine trois générations, nous avons défait ce que des siècles de sobriété avaient patiemment construit. Réduire le gaspillage alimentaire, c’est une évidence économique et sociale pour permettre à chacun de se nourrir. Mais il faut aussi regarder en face son poids sur le climat. Le Programme des Nations unies pour l'environnement est sans ambiguïté : à l'échelle mondiale, le gaspillage alimentaire génère 10 % des émissions de gaz à effet de serre.
S'il était un pays, il serait le troisième plus gros émetteur au monde, derrière la Chine et les États-Unis. Et pourtant, nous continuons de le traiter comme une simple affaire de petits gestes du quotidien, loin des grandes tables où se négocie la transition écologique et la pérennité de nos sociétés de production et de consommation.
Cet été encore, la sécheresse a durement frappé notre agriculture : recul de 11 % des récoltes de céréales, jusqu'à 100 % de perte de rendement sur certains fruits rouges, et environ 20 % de baisse attendue sur la récolte de pommes, au point que l'État a dû débloquer plus d'un milliard d'euros d'aides d'urgence. Ces épisodes ne sont pas de simples aléas météorologiques : ils sont l'expression même du dérèglement climatique que notre gaspillage contribue lui-même à alimenter.
C’est un cercle vicieux. Chaque tonne de nourriture jetée émet des gaz à effet de serre qui aggravent le dérèglement climatique, qui à son tour fragilise notre capacité à produire de la nourriture. Continuer à gaspiller alors que nos systèmes agricoles sont déjà sous tension, c'est scier la branche sur laquelle nous sommes assis. Ramener la lutte contre le gaspillage alimentaire au rang de levier climatique majeur suppose donc un changement d'échelle.
Il faut bâtir des systèmes alimentaires circulaires, en s'appuyant notamment, comme le préconise l’ONU, sur des solutions technologiques de valorisation de surplus . C'est une brique utile et essentielle à laquelle nous associons notre engagement et notre responsabilité depuis 10 ans. Mais ne nous y trompons pas : cela reste une goutte d'eau face à l'ampleur du problème.
Ce qui nous manque, c'est de la volonté politique: la réduction du gaspillage alimentaire reste largement absente des stratégies climat nationales et d'entreprise, alors qu'elle devrait y figurer au même rang que la sortie des énergies fossiles ou la rénovation des bâtiments. L'Union européenne, elle, a déjà fixé le cap : la directive-cadre déchets révisée, entrée en vigueur en octobre 2025, impose désormais aux États membres de réduire leurs déchets alimentaires d'ici 2030, par rapport à la moyenne 2021-2023, de 10 % pour l'industrie de transformation et de 30 % par habitant pour la distribution, la restauration et les ménages.
Ces objectifs sont juridiquement contraignants. Reste à savoir si la France se donnera réellement les moyens de les tenir. Les solutions, nous les avons déjà sous les yeux. Les dernières en date figurent dans l'Agenda 2030 contre le gaspillage, présenté en début d'année à l'Assemblée nationale.
Nous ne pouvons plus nous contenter de textes qui restent au placard. Alors, à l'occasion de cette Journée mondiale et à l’aube de l’élection présidentielle, ma proposition est simple : exigeons de chaque candidat.e qu'il.elle s'engage à appliquer l'Agenda 2030 dans son intégralité et soutenir les acteurs de la chaîne alimentaire dans leur démarche ainsi que les citoyens pour inscrire ce sujet au coeur de nos politiques climatiques.
Cela doit être une priorité pour éduquer les Français à cet enjeu car agir contre le gaspillage alimentaire est un enjeu de souveraineté alimentaire. Enfin je le demande, car activer ce levier ne coûte rien à l'État, sinon le courage d'exécuter ce qui a été promis. Titulaire d’un Master en management d’Aix-Marseille, Caroline Ray débute sa carrière à l'international, notamment durant sept ans à Londres dans le secteur de l'hôtellerie.
En 2010, elle rejoint Veepee où elle accompagne pendant dix ans la transformation de la start-up en leader européen. En tant que Directrice commerciale internationale, elle y structure des équipes de grande ampleur et multiplie par huit le chiffre d’affaires de son périmètre. Forte de cette expertise en hyper-croissance, elle rejoint Too Good To Go en 2020 comme Head of Sales pour structurer le passage au stade de scale-up.
Après avoir dirigé les ventes en France puis supervisé cinq pays d’Europe du Nord, elle est nommée Directrice France fin 2025. Animée par la conviction que l’excellence commerciale doit servir l’impact collectif, Caroline a pour mission de renforcer le maillage national de Too Good To Go.
Son ambition est d’en faire le partenaire stratégique de référence pour tous les acteurs de la chaîne alimentaire — de l’artisan à la grande distribution — tout en ancrant durablement l'anti-gaspillage dans les habitudes de consommation des Français. OPINION.
« Face aux géants américains et chinois, le temps de la coalition spatiale européenne est venu » Le Sommet international sur l’espace organisé à Paris les 9 et 10 septembre a envoyé un signal crucial de mobilisation dans un contexte de durcissement géopolitique inédit au 21e siècle. Cette capacité à mobiliser États membres, institutions européennes et industriels est la bonne méthode. La France constate chaque été l'urgence climatique, mais manque de capital dirigé vers l'action.
Le capital-investissement peut transmettre, consolider et financer l'innovation des entreprises qui bâtissent l'adaptation. Une voie concrète pour un pays résilient. Dissuasion nucléaire fragilisée, retour des guerres d'attrition, conflits asymétriques : l'autonomie militaire ne se gagnera pas seulement dans les états-majors. Elle se jouera dans les usines, les ateliers, les laboratoires et les chaînes civiles.
OPINION.
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C’est la hiérarchie du risque qui est en train de changer. Surtout ne pas attendre que la bulle de l’IA éclate d’elle-même, il faut un acte gratuit tel que celui de Lafcadio, le héros d’André Gide
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