Jules Grandin s'amuse à photographier des « cartes accidentelles », montrant des frontières de pays cachées dans la vie de tous les jours
Cette image captée par Jules Grandin montre la Bretagne dans un nuage survolant les toits de Paris. Elle est la première de la série « Thingsmaps ».
Il a commencé ce projet complètement par hasard en 2015. Alors qu’il se trouvait sur la terrasse des bureaux du Monde, Jules Grandin a vu ce nuage blanc se former sur un ciel très bleu.
« J’ai tout de suite vu la Bretagne ! », se souvient celui qui est originaire de Saint-Malo. La Finlande sur le dos d’un chien ? C’est que voient les adeptes de la paréidolie.
Ce processus mental consiste à voir des formes dans des scènes du quotidien. Voyant sa région défiler sous ses yeux, il s’était saisi de son téléphone pour immortaliser l’instant.
« Avec les nuages, tu n’as pas intérêt à traîner. Parfois, le temps de sortir ton téléphone, c’est déjà trop tard. » Sur son ordinateur, il avait pris quelques minutes pour positionner Rennes, Lorient, Brest, son fief de Saint-Malo et Cherbourg sur l’image, avant de la balancer sur le réseau social X. « A cette époque, ça s’appelait Twitter et c’était encore fréquentable. » L’image avait cartonné.
Une photo prise à Venise en 2018. On peut y voir une très belle carte du Niger sur un crépi défraîchi. Fort de ce succès inattendu, Jules Grandin a décidé de continuer sa quête de « cartographies accidentelles. » Au fil de ses déplacements et de ses voyages, il a empilé les images.
« Aujourd’hui, je dois en avoir 150. Mon principe, c’est de ne toucher à rien. Ni sur la scène de la photo, ni en retouche. Tout doit être vrai.
» Le seul fruit du hasard. Cette photo montrant les frontières de l’Algérie sur le carrelage bordant une piscine a été prise en 2018 à Bergerac. Vous vous demandez sans doute s’il lui arrive de se rater. La réponse est oui.
« Ça m’arrive de temps en temps. Je crois voir un truc mais quand je vérifie, ça ne colle pas ». Et autant vous prévenir, Jules Grandin est très regardant quant à la précision de la carte.
« De la pisse de chien sur un lampadaire, tu peux facilement croire que ça ressemble à l’Amérique du Sud. Mais moi, ça ne m’intéresse pas. Je suis vraiment relou et exigeant. Il faut que ce soit très précis.
» Le nord, le nord et toujours le nord… Sur cette poutre photographiée en 2019 dans les Yvelines, on peut voir l’Antarctique. Cette étrange passion, Jules Grandin n’est pas le seul à la partager. Il existe même un mot pour décrire ce phénomène : la paréidolie. Ce processus mental consiste à voir des formes connues dans des situations du quotidien.
« Certains voient le visage du Christ. Moi, je vois l’Italie dans une salade ou la péninsule coréenne dans une chaise de jardin. Je peux avoir l’air fou, je le sais. Pour moi, c’est un peu comme une chasse au trésor.
» Une simple tache de thé sur un bureau ? Non, une carte de la Basse Californie ! Ici photographiée en 2019 dans le 15e arrondissement. La plupart du temps, les formes qui se dévoilent sont des tâches ou des nuages.
Mais il y a parfois d’autres surprises.
« La Nouvelle-Zélande sur le carrelage de l’aéroport, c’était parfait. Ou la Finlande dans la forme d’un chien. Il y a de l’inattendu. » Les deux Corées, du sud et du nord, réunies dans la brèche d’une chaise de jardin photographiée en 2018, encore à Bergerac.
Comme beaucoup d’utilisateurs, Jules Grandin a quitté Twitter et s’est réfugié sur Bluesky mais aussi sur LinkedIn. Un choix personnel qui a aussi enlevé un peu d’insouciance à sa passion.
« Sur LinkedIn, les gens sont quand même moins fun », regrette-t-il. Celle-ci est tellement parfaite que l’on a du mal à y croire. Cette photo de corn-flakes montrant l’Australie a été envoyée à Jules Grandin par une personne partageant la même passion que lui. Cette passion pour les cartes, Jules Grandin ne peut pas toujours la partager.
Parfois même, les gens qui l’entourent se questionnent sur sa santé mentale.
« Il y a des gens qui me regardent bizarrement quand je fais des photos dans la rue ou quand je leur explique que j’ai vu la Croatie. Mais maintenant, mes amis savent, ils me laissent faire. » La Finlande, encore. Cette fois-ci, ce n’est pas sur le dos d’un chien mais dans un gyoza photographié à Bagnolet, en 2021.
Ce qui lui plaît dans cette quête, c’est qu’elle est infinie. Mais surtout, ces photos accidentelles ont un pouvoir magique.
« Elles effacent les frontières », assure-t-il. « Quand tu vois le Niger pendant tes vacances en Italie, c’est vraiment cool. » C’était à Venise et le mur était « hallucinant de perfection. » Cette superbe carte de la Floride a été découverte au hasard sur un mur de Venise, en Italie.
Un vrai voyage ! Dans ce monde si vaste, il y a forcément des formes plus faciles à trouver. La Bretagne, la Corse, la Corne de l’Afrique ou l’Amérique du Sud font partie des plus fréquentes trouvailles du grand public.
« Je ne suis pas le seul à voir ces choses. A chaque fois que je poste, des gens me disent qu’ils font comme moi. » Si vous ne saviez pas à quoi ressemblaient les frontières de l’Idaho, les voici présentées sur une vieille planche cassée abandonnée à Paris. A chaque image postée, l’inventeur du « Thingsmaps » reçoit de nombreux commentaires.
Souvent admiratifs de cet œil redoutable.
« Pour que ça marche, il faut que les gens reconnaissent. Le Kirghizistan, personne ne sait à quoi ça ressemble. »Pourquoi les cartes passionnent-elles tant la planète ?
« Tout le monde aime les cartes. C’est évocateur, comme un voyage gratuit. Et puis la carte, c’est lié aux vacances. Quand tu prends une carte, c’est quand tu voyages.
Avant l’arrivée des GPS et des téléphones, les gens préparaient leur itinéraire. » Voici à quoi ressemblerait la Grande-Bretagne si on l’amputait des Cornouailles. En dehors de cet oubli, cette gouttière des Yvelines a fait un joli tracé. Mais attention, derrière leur aspect ludique, les cartes sont aussi une discipline risquée.
« C’est un sujet très touchy. On le voit quand on parle de la Russie. Pour les Russes, il faut toujours dessiner le pays avec la Crimée. C’est la même chose avec la Chine et Taïwan.
» Si vous vous demandiez à quoi ressemblait un passionné de géographie, voici un portrait de Jules Grandin, l’homme qui voit des cartes partout. Passionné par ces photos étranges captées au hasard, le cartographe en compte aujourd’hui plus de 150, qu’il publie parfois sur ses réseaux sociaux. Jules Grandin présente aussi des vidéos où il décortique l’actualité des cartes sous un ton léger.
, la série aborde des sujets étonnants comme la répartition des kebabs dans Paris ou encore la guerre des cinq villages qui se rêvent comme « le centre de la France. » J’ai posé un Babybel sur du miel avant d’enfourner juste pour tester : mes invités ont cru que j’avais acheté ces bouchées chez le traiteur Mon voisin a fait poser un petit clapet sous la grille de son garage en sous-sol avant les pluies d’octobre et ce n’est pas pour les odeurs Fini l’étendoir qu’on déplace de pièce en pièce : ce modèle 4 niveaux à 30 € sur Amazon tient une lessive entière
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