'La Joconde était l'œuvre à évacuer en premier' : le Louvre, la Bibliothèque nationale, le Petit Palais... quand le Lot réunissait et protégeait quelques-uns des plus grands musées français

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Le film 'Les héros du Louvre', sortie en septembre, relate un épisode de la Seconde Guerre mondiale : le sauvetage d'œuvres du Louvre pendant le conflit. Et le Lot a eu un rôle de premier plan dans ces opérations en...

"La Joconde était l'œuvre à évacuer en premier" : le Louvre, la Bibliothèque nationale, le Petit Palais... quand le Lot réunissait et protégeait quelques-uns des plus grands musées françaisSylvie Dusséaux, qui a participé à la création de cette exposition, montre cette carte du Lot où on découvre les bâtiments et les oeuvres qu'ils ont protégées.

Le film "Les héros du Louvre", sortie en septembre, relate un épisode de la Seconde Guerre mondiale : le sauvetage d'œuvres du Louvre pendant le conflit. Et le Lot a eu un rôle de premier plan dans ces opérations en accueillant La Joconde et des milliers d'autres œuvres : peintures du Louvre, antiquités égyptiennes, manuscrits de la BNF, médailles, bobines de film... Une histoire racontée au château de Montal. Récit.

"Ici, on avait l'administration du Louvre", commente Sylvie Dusséaux en ouvrant une porte. Dans cette pièce vide du château de Montal, plus rien ne permet de savoir qu'une grosse partie du plus grand musée de France y a travaillé pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais tout près, une salle du château raconte ce pan de l'histoire. Elle présente surtout le rôle que le, en 1943 et 1944, en est sûrement l'épisode le plus connu.

Mais il est loin d'être le seul. Car pendant plusieurs mois, les collections de peintures et d'égyptologie du Louvre, des films, les manuscrits et médailles de la Bibliothèque nationale, le musée des beaux-arts de la ville de Paris, le Carnavalet et même la collection Rothschild, dissimulée, trouvent refuge dans huit bâtiments lotois. Le Louvre, lui, doit ce sauvetage à Jacques Jaujard, directeur des musées nationaux. Dès 1938, l'homme anticipe la guerre.

Et le 1er septembre 1939, le déménagement commence. Reste que transporter 3 691 tableaux, dont certains font dix mètres, des statues, antiquités, demande des moyens : la Comédie-Française prête ses camions à décor, les grands magasins participent et de longs convois quittent Paris. Une partie fait étape à Chambord avant de gagner la France libre : en 1940, l'abbaye de Loc-Dieu, finalement trop humide, puis le musée Ingres à Montauban.

Sauf qu'en novembre 1942, la zone libre n'existe plus et que Montauban est trop exposée. Alors, en mars 1943, les peintures du Louvre arrivent à Montal.

"Le Lot a été choisi car c'est un endroit reculé et le nord du département était à l'écart des axes de communication", commence Enzo Delpech, responsable du Musée mémoriel du Lot, à Cahors. Sylvie Dusséaux, administratrice adjointe des Monuments nationaux du Lot, renchérit :"Montal appartient à l'État, c'est un château restauré, il a un système de protection contre le feu et il est à proximité de Saint-Céré, où il y a une caserne de pompiers.

Et il n'y avait pas de gare à Saint-Céré donc pas de risque de pilonnage". Car si ces œuvres ont été évacuées, c'est d'abord pour les protéger de la guerre dont les bombes.

"Il y a parfois une confusion dans l'esprit des gens entre les biens privés spoliés et la protection des œuvres en temps de guerre", ajoute-t-elle. Protection régie par la convention de La Haye. Reste à savoir si les nazis l'auraient longtemps respectée. Quoi qu'il en soit, les dépôts sont identifiés par le service allemand de protection de l'art.

"Tout le monde est au courant, confirme Enzo Delpech, des manuscrits de la BNF ont fait le voyage entre le Lot et Paris car des officiers nazis ont demandé à les consulter". Et finalement c'est un musée délocalisé qu'accueille Montal avec administration, photothèque, documentation et caisses de tableaux.

"Ici, les gens savaient que c'était le musée du Louvre. Mais ils pensaient que les tableaux étaient accrochés", commente Sylvie Dusséaux qui poursuit :"était l'œuvre à évacuer en premier. Elle était dans une pièce où il y avait deux gardiens, de jour et de nuit". Une partie des gardiens sont d'ailleurs venus avec leur famille. 37 personnes font fonctionner le dépôt.

Parmi elles, de jeunes Alsaciens-Lorrains déserteurs, des réfractaires au STO, ainsi protégés. Montal étant trop petit, des maisons bourgeoises et même un garage pour les grands tableaux ont servi d'annexe, à. Le nord du Lot rassemble alors des trésors nationaux : le musée Carnavalet et celui des Beaux-Arts de Paris à, des collections d'égyptologie du Louvre au château de La Treyne, la BNF à Castelnau-Bretenoux... Et ce n'est pas tout.

"Au château de Béduer, à, Henri Langlois a rassemblé des bobines de film qui formeront la Cinémathèque après-guerre. Il était aidé par une jeune femme juive, Lotte Eisner, à qui le sous-préfet a fait de faux papiers ; raconte Sylvie Dusséaux, il y conservait des bobines de films qu'Hitler cherchait à détruire, notammentPuis en août 1944, fin de l'épisode lotois :"La Joconde" et quelques œuvres remontent à Paris, les autres suivent progressivement. Et Montal retrouve sa quiétude.

Mais, dans ce qui a été le dortoir des Alsaciens-Lorrains, subsistent quelques graffitis. Et, depuis trois ans, c'est là que les visiteurs peuvent découvrir cette histoire. , le Musée mémoriel du Lot comporte peu de témoignages de cette période : deux photos au pied d'une tapisserie de Jean Lurçat.

Mais son responsable Enzo Delpech et la chargée de recherche et de médiation, Charlotte Leroy, ont étudié et parlent avec ferveur de ces épisodes et de leur épilogue : une exposition organisée à la préfecture du Lot, à l'initiative de Jean Lurçat, avec treize œuvres emblématiques. Certes, il n'y avait pas"La Joconde", mais"L'Angélus" de Millet,"L'Indifférent" de Watteau, le portrait de"François 1er" de Clouet, des œuvres de Corot, Tintoret, Raphaël, Rembrandt, Rubens.

C'était la première fois que le Louvre prêtait une collection si importante, une façon de remercier les Lotois de leur action en faveur d'un patrimoine mondial. Sylvie Dusséaux a vu "Les héros du Louvre". Sorti en septembre, ce film d'Elie Chouraqui évoque son grand-père, gardien au musée du Louvre qui a participé à l'exode des oeuvres.

"Le film est attendrissant, dit-elle, ce qui est intéressant c'est la traversée de la France, l'emballage des oeuvres". Mais elle note plusieurs infidélités à la vérité historique. Ses préférences vont à deux autres films: "Le Train", de 1964, où des cheminots résistants aident à stopper un convoi transportant des oeuvres spoliées vers l'Allemagne nazie, et "Le tableau volé" avec Alex Lutz, un "superbe film sur la spoliation" inspiré d'une histoire vraie.

Charlotte Leroy évoque la fiction "Coeurs vaillants", dont un personnage est inspiré de Rose Valland qui a aidé à retrouver les oeuvres spoliées. A ce panel, on ajoutera une oeuvre totalement romancée: "La Gardienne de Mona Lisa".

Ce roman policier qui met en parallèle une enquête pour meurtre à Carennac et la protection de "La Joconde" pendant la guerre est signé de Peter May,Pour accéder de nouveau à cet article Comment dix tableaux d’exception quittent le Lot pour les États-Unis :"C’est le même principe que pour les œuvres qui voyagent pour le Louvre"Au cœur des châteaux du Lot : pendant la Seconde Guerre Mondiale, Montal a accueilli de nombreuses œuvres du Louvre dont la Joconde

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