En Angleterre, un médecin généraliste lance une alerte sur les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), prescrits en cas de reflux acides. Ils pourraient causer de grosses carences selon lui. Aurélien Tesson, pharmacien, y voit un appel un peu trop alarmiste.
Devez-vous être inquiet si vous prenez des inhibiteurs de la pompe à protons pour des reflux gastriques ? Ces traitements, regroupant l’oméprazole, le lansoprazole, l'ésoméprazole, concernent en effet de nombreux Français.
Mais de l’autre côté de la Manche, un médecin sonne l’alerte : selon elle, il faudrait les stopper au plus tôt, pour ne pas courir de risques. Un traitement à ne pas laisser traîner Dans une tribune écrite dans le Daily Mail, Philippa Kaye, médecin généraliste médiatisée, écrit ainsi son angoisse et ses observations sur la prise prolongée de ces IPP. Selon elle, en cas de longue durée, celle-ci aurait davantage d’effets négatifs que positifs. Le risque ?
Des carences, ou une insuffisance rénale. Une vigilance qui ne sort pas du chapeau. En 2022, en France, la Haute Autorité de Santé indiquait que la poursuite du traitement au-delà de quatre semaines est rarement justifiée dans le cas d’un reflux gastro-œsophagien simple. Différentes études ont également observé des associations entre la prise prolongée d’IPP et plusieurs problèmes de santé.
“Pour de nombreux patients, les raisons d’arrêter les IPP sont bien plus importantes que celles de continuer à les prendre”, écrit la généraliste britannique. Tout en précisant que d’autres moyens, notamment alimentaires, peuvent contribuer à soulager un RGO. Mais faut-il pour autant arrêter son oméprazole ? Pas forcément.
Le problème n’est pas le médicament, mais son utilisation Pour Aurélien Tesson, le message doit avant tout être nuancé.
"Il ne faut surtout pas faire passer le message selon lequel l’oméprazole serait un mauvais médicament qu’il faudrait systématiquement arrêter", insiste le pharmacien. Les IPP sont des médicaments efficaces qui ont toute leur place lorsqu’une indication médicale le justifie. Le problème apparaît plutôt lorsque leur prescription est renouvelée pendant des mois ou des années sans que leur utilité soit réévaluée. Pour un reflux gastro-œsophagien simple, la HAS recommande généralement un traitement initial de quatre semaines.
Au-delà, la nécessité de poursuivre doit être réexaminée.
"Si le bénéfice n’est plus présent, il n’y a pas de raison d’exposer inutilement le patient à ses effets indésirables", résume Aurélien Tesson. Quels risques en cas de prise prolongée ? Les IPP réduisent fortement la production d’acide dans l’estomac. Cette action explique leur efficacité, mais peut aussi modifier certaines fonctions digestives lorsqu’elle se prolonge.
Le risque le mieux documenté concerne certaines infections intestinales. D’autres associations ont été observées dans différentes études, notamment avec des fractures, des carences en vitamine B12 ou en magnésium, des atteintes rénales, des événements cardiovasculaires ou encore des troubles cognitifs. Mais prudence : ces résultats ne signifient pas que l’oméprazole provoque directement toutes ces complications. Pour plusieurs d’entre elles, les données sont essentiellement observationnelles et ne permettent pas d'établir avec certitude un lien de cause à effet.
"Il ne faudrait donc pas inquiéter inutilement les millions de personnes qui en prennent", estime le pharmacien. Dans certains cas, l’IPP reste indispensable Une prescription au long cours n’est donc pas forcément injustifiée. Certains patients ont besoin d’un traitement prolongé, notamment dans certaines formes sévères de reflux ou d’œsophagite, en cas d’œsophage de Barrett ou lorsqu’une protection gastrique est nécessaire.
Dans ces situations, supprimer le médicament simplement parce qu’il est pris depuis longtemps pourrait au contraire exposer à une réapparition ou à une aggravation des symptômes.
"Chez ces patients, arrêter simplement parce que le traitement est pris depuis longtemps serait une mauvaise interprétation du message", souligne Aurélien Tesson. La durée de traitement doit donc être adaptée à la maladie et à la situation de chaque patient. Pourquoi l’arrêt brutal peut provoquer un rebond Autre raison de ne pas décider seul d’arrêter son traitement : après une utilisation prolongée, l’organisme peut réagir à la suppression des IPP par un phénomène de rebond acide.
L’estomac produit alors temporairement davantage d’acide. Les brûlures ou remontées peuvent réapparaître, donnant au patient l’impression que son reflux s’est aggravé. Selon la situation, le médecin ou le pharmacien peut donc proposer une diminution progressive de la dose ou un espacement des prises. Vous prenez de l’oméprazole depuis des années ?
Posez cette question Si votre traitement vous accompagne depuis plusieurs mois ou plusieurs années, inutile de paniquer et encore moins de l'arrêter seul. Pour Aurélien Tesson, le premier réflexe consiste plutôt à poser une question simple à son médecin ou à son pharmacien : "Pourquoi est-ce que je prends encore cet IPP aujourd’hui" Si l’indication est toujours présente, il peut être parfaitement pertinent de poursuivre.
Mais si ce n’est plus le cas, une diminution ou un arrêt pourra être envisagé avec un professionnel de santé. C’est le principe de la"déprescription" : ne pas supprimer les traitements utiles, mais éviter de conserver indéfiniment ceux dont le bénéfice n’est plus nécessaire. Et cette réflexion ne concerne d’ailleurs pas uniquement l’oméprazole.
"Lorsqu’un médicament est renouvelé pendant longtemps, il est toujours utile de vérifier régulièrement son indication, sa dose et sa durée". Le message à retenir n’est donc pas"arrêtez votre oméprazole", mais plutôt :"demandez-vous régulièrement pourquoi vous le prenez encore" selon le phamacien. Une nuance essentielle pour éviter à la fois les prescriptions inutiles et les arrêts inadaptés. Diapo : Consultation : à quoi servent ces gestes pratiqués par votre médecin ? Sources Partager sur :
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