G20 : comment la Chine a fait dérailler l’offensive américaine sur les surcapacités

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La Chine a empêché le G20 de s’accorder sur les surcapacités industrielles, un sujet poussé par Washington et largement dirigé contre Pékin. Mais derrière ce blocage se dessine une fracture plus large entre les États-Unis et plusieurs de leurs partenaires sur l’usage des droits de douane comme arme commerciale.

Donald Trump et Xi Jinping ont affiché leur "amitié" cette semaine à Washington, mais en Afrique, les Etats-Unis et la Chine s'affrontent. La Chine a empêché le G20 de s’accorder sur les surcapacités industrielles, un sujet poussé par Washington et largement dirigé contre Pékin.

Mais derrière ce blocage se dessine une fracture plus large entre les États-Unis et plusieurs de leurs partenaires sur l’usage des droits de douane comme arme commerciale. Sur les surcapacités industrielles, Pékin reste le principal obstacle à un front commun, alors que les inquiétudes sur ses exportations subventionnées sont de plus en plus partagées. La Chine rejette le concept même de « surcapacité », qu’elle considère comme un prétexte destiné à justifier de nouvelles barrières commerciales contre ses entreprises.

Sur le travail forcé, le blocage dépasse largement Pékin : seuls les États-Unis, le Mexique et l’Argentine ont soutenu le texte américain, plusieurs membres refusant qu’il puisse servir de base à de nouvelles sanctions tarifaires. La présidence américaine du G20 voulait faire de la réunion des ministres du Commerce à Milwaukee une étape vers la très attendue « réponse collective » aux surcapacités industrielles et au travail forcé. Mais elle n’a obtenu qu’un accord sur la «» du commerce alimentaire.

Sur ces deux sujets qui visaient directement la Chine, Pékin a refusé le cadre proposé par Washington et contribué à empêcher tout consensus. La confrontation était largement annoncée. En ouvrant la réunion, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, avait placé au cœur des discussions les, c’est-à-dire la production permise par des subventions et autres politiques publiques lorsqu’elle dépasse largement la demande intérieure, avant de se déverser sur les marchés étrangers.

Sans la nommer systématiquement, Washington visait d’abord la Chine, accusée de soutenir une production surdimensionnée dans l’acier, les véhicules électriques, les batteries ou encore les technologies vertes. Ces derniers inondant les marchés, notamment européens, depuis 5 ans. Le sujet dépasse donc largement le face-à-face sino-américain. Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, a lui aussi alerté à Milwaukee sur des exportations chinoises susceptibles de mettre sous pression des secteurs européens entiers, notamment l’automobile et la sidérurgie.

En marge du sommet, 28 économies réunies au sein du Forum mondial sur les surcapacités sidérurgiques se sont d’ailleurs entendues sur un « cadre de Milwaukee » visant notamment à mieux combattre les subventions qui entretiennent des capacités non rentables. Concurrence effrénée, ventes à perte... Le Neijuan, cette spirale économique qui menace la Chine Mais Pékin persiste à refuser ce diagnostic.

La Chine soutient que la compétitivité de ses industriels tient d’abord aux économies d’échelle, à l’innovation et à l’efficacité de ses chaînes de valeur, et présente la notion de « surcapacité » comme un habillage destiné à légitimer de nouvelles barrières commerciales. Sa position est d’autant plus ferme que les États-Unis ont parallèlement ouvert des enquêtes dites « Section 301 » contre plusieurs partenaires soupçonnés de surproduction, susceptibles de déboucher sur de nouveaux droits de douane.

Le blocage de Milwaukee s’inscrit ainsi dans un rapport de force plus ancien. Un mois plus tôt, lors d’une réunion des ministres des Finances du G20 en Caroline du Nord, tous les membres , sauf la Chine, avaient accepté un texte visant les politiques « non marchandes » favorisant une dépendance excessive aux exportations.

Cette fois encore, l’administration américaine affirme que presque tous les pays reconnaissaient l’existence du problème, mais qu’une « poignée » d’entre eux a refusé d’ouvrir la voie à une action coordonnée. Sur le travail forcé, en revanche, la fracture ne se réduit pas à Pékin. Washington voulait faire adopter un engagement renforcé contre les marchandises issues de chaînes d’approvisionnement utilisant cette pratique. Mais seuls le Mexique et l’Argentine ont accepté de cosigner le texte américain.

La réticence des autres pays était alimentée par la méthode de Donald Trump : son administration a récemment imposé des droits de douane de 10 % à 12,5 % sur les produits de dizaines d'Etats et l’Union européenne, au motif notamment qu’ils ne lutteraient pas suffisamment contre le travail forcé. Face aux risques de la « super-intelligence », Washington et Pékin installent une ligne directe Plusieurs partenaires craignent donc qu’un texte consensuel sur le fond serve à de nouvelles sanctions commerciales unilatérales.

Pékin a profité de cette contradiction, et de cette peur, pour retourner l’accusation contre Washington. Le ministère chinois du Commerce a souligné que beaucoup de membres du G20 étaient eux-mêmes visés par les droits de douane américains ou par les enquêtes sur les surcapacités. Il affirme que la « majorité » des délégations avait des objections aux textes proposés et accuse implicitement les États-Unis d’utiliser leur présidence du G20 pour internationaliser leur propre agenda commercial.

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