Les dirigeants d’entreprise sont sortis de leur état de sidération face au risque géopolitique. C’est le principal enseignement du dernier baromètre de l’Institut Géopolitique & Business de l’ESSEC, en partenariat avec l’Express. Guerres, tensions commerciales, dépendances critiques : la prise de...
Les dirigeants d’entreprise sont sortis de leur état de sidération face au risque géopolitique. C’est le principal enseignement du dernier baromètre de l’Institut Géopolitique & Business de l’ESSEC, en partenariat avec l’Express.
Guerres, tensions commerciales, dépendances critiques : la prise de conscience est là. Mais ce risque géopolitique n’est pas encore suffisamment intégré dans les stratégies d’entreprise. C'est en soi une bonne nouvelle : le risque géopolitique est désormais jugé au moins aussi important que l’intelligence artificielle par les dirigeants d’entreprise selon le dernier baromètre de l’Institut Géopolitique & Business de l’ESSEC, en partenariat avec l’Express. On parle ici de boîtes de plus de 250 salariés.
Aujourd’hui, les guerres et les tensions commerciales ont provoqué un réveil stratégique. Une prise de conscience que de simples petites embarcations archaïques, en semant le doute sur le minage du détroit d’Ormuz, peuvent en un claquement de doigtsCela peut paraître étonnant. Il y a six ans, l’humanité se claquemurait en seulement quelques semaines avec le Covid. Il y a bientôt cinq ans, la Russie envahissait l’Ukraine : les chocs géopolitiques ne datent donc pas d’hier.
Mais là, il semblerait que les chocs provoqués par Donald Trump aient sorti les dirigeants d’entreprise de leur état de sidération. Un point surprenant ressort du baromètre : ils sont 30% à juger les États-Unis de Donald Trump comme la première menace économique, très loin devant la menace russe ou l’agressivité commerciale chinoise qui semblent sous estimées. Par exemple, les chefs d’entreprise n'accordent presque aucune attention aux tensions dans le détroit de Taïwan.
Alors que potentiellement, si ce détroit se bloque, on change encore d’échelle. Un réveil stratégique donc. Maintenant, la question, c’est comment passer du réveil à l’action. Les chefs d’entreprise sont réveillés, mais pas encore sortis du lit !
C’est l’autre enseignement de ce baromètre de l’Institut Géopolitique & Business de l’ESSEC. Ils sont encore presque la moitié à attendre un discours public pour agir : des consignes de l’État ou de leur maison mère. Et ils ne sont que 19% à intégrer pleinement la prospective à leur stratégie.
On peut comprendre qu’il est difficile pour un chef d’entreprise d’anticiper l’impact de décisions de politique étrangère qui se jouent à des milliers de kilomètres de chez lui, loin de ses zones de business. Quelque part, chacun son job. On ne peut pas demander à tout le monde de devenir expert en géopolitique. Mais maintenant que le réveil stratégique est là, ce baromètre pose surtout une question : est-ce que nos entreprises sont armées pour le monde qui arrive ?
Pas encore suffisamment. Elles sont encore trop nombreuses à penser qu’une formation de leurs cadres à la géopolitique suffit. Alors qu’il faut aller beaucoup plus loin : savoir précisément de qui on dépend, tester régulièrement ses plans B, faire duC’est précisément le type d’outils que l’ESSEC pousse désormais : prospective par scénarios, audit des dépendances critiques, sécurisation des chaînes de valeur. En clair, les entreprises doivent se construire une doctrine de sécurité économique.
Parce que regardez ce qui se passe autour de nous : partout, les États musclent leur posture stratégique. Ils sécurisent leur énergie, leurs minerais, leurs technologies, leurs chaînes d’approvisionnement. Bercy le fait aussi en renforçant sa doctrine de sécurité économique. Et l’ESSEC vient justement de lancer avec le ministère de l’Économie un Observatoire de la sécurité économique pour mieux préparer les entreprises à ces menaces.
Pourquoi les entreprises échapperaient-elles à ce mouvement ? D’autant qu’elles ne sont plus seulement les victimes collatérales de la géopolitique. Certaines sont devenues des acteurs géopolitiques à part entière. Regardez Starlink :.
Les semi-conducteurs, le cloud, l’IA, les satellites sont devenus des instruments de puissance. C’est peut-être ça, le prochain réveil stratégique des patrons : comprendre qu’ils ne font plus seulement du business dans un monde géopolitique, mais que chacun, à son niveau, peut être un acteur de la géopolitique.
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