Entretien : Sainte-Soline ou « la politisation de la question de l’eau »

Ressources En Eau Nouvelles

Entretien : Sainte-Soline ou « la politisation de la question de l’eau »
Deux-Sèvres, Agriculture, Jean-Denis Renard

Dans leur ouvrage « Les Assoiffeurs », les journalistes Fabien Benoit et Nicolas Celnik traquent les accointances entre les irrigants de Nouvelle-Aquitaine et les pouvoirs publics

Un début de manifestation bon enfant à Sainte-Soline, le 25 mars 2023. La suite s’est avérée beaucoup plus chaotique. © Crédit photo : XAVIER LEOTY/ ARCHIVES SOUn début de manifestation bon enfant à Sainte-Soline, le 25 mars 2023.

La suite s’est avérée beaucoup plus chaotique. Dans leur ouvrage « Les Assoiffeurs », les journalistes Fabien Benoit et Nicolas Celnik traquent les accointances entre les irrigants de Nouvelle-Aquitaine et les pouvoirs publicsésultat de deux ans de travail, l’essai « Les Assoiffeurs » dessine un paysage de l’eau dominé par les appétits mercantiles d’un petit nombre d’entreprises, au détriment du bien commun.

L’enquête englobe le marché de l’eau en bouteilles, les pratiques des géants de l’eau et de l’assainissement, et les besoins du numérique. Elle démarre par un examen critique du système des « bassines » agricoles au nord de la Nouvelle-Aquitaine. Entretien avec Nicolas Celnik, l’un des deux auteurs de cet ouvrage engagé .

Bassine de Sainte-Soline : Julien Le Guet condamné à une peine d’emprisonnement en appel Figure de proue du mouvement anti-bassines, Julien Le Guet a été condamné à six mois d’emprisonnement, avec aménagement de la peine, notamment pour des dégradations lors de la manifestation à Sainte-Soline en octobre 2022 Vos premières lignes ramènent à la manifestation contre la bassine de Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, le 25 mars 2023. En quoi l’événement a-t-il servi de déclencheur pour votre travail ?

Au-delà de l’extrême violence des affrontements, Sainte-Soline marque un moment de forte politisation de la question de l’eau et de son partage. Face à un mouvement citoyen d’ampleur, la seule réponse du pouvoir consiste alors à dire « non, on va faire ainsi et pas autrement ».

C’est une période qui correspond au Plan eau d’Emmanuel Macron, qui se veut une réponse aux étés de sécheresse par des solutions individuelles,, un appel à la technologie pour la réutilisation des eaux usées traitées, etc. Ce plan comporte un objectif de 10 % de baisse des prélèvements en 2030 mais ne concerne pas l’agriculture, qui est pourtant le premier poste de consommation dans le pays. La collision entre ces deux évènements nous a mis le pied à l’étrier.

Vous écrivez que les bassines destinées à l’irrigation « parachèvent l’agriculture industrielle ». Que placez-vous derrière ce vocable ? Il y a plusieurs manières de cultiver du maïs. Sur des exploitations de taille modeste, on tente de conserver un couvert végétal sur les sols pour qu’ils gardent l’humidité.

Et on utilise au maximum le milieu naturel pour stocker l’eau, dans les nappes et dans les zones humides. À l’inverse, on peut définir l’agriculture industrielle comme très équipée en machinisme agricole, des asperseurs et des tracteurs par exemple. Elle repose notamment sur des solutions d’irrigation de résilience et de pointe pour essayer de maximiser la gestion de l’eau.

C’est typiquement cette agriculture intensiveUne vue aérienne de la réserve de substitution de Mauzé-sur-le-Mignon, à la limite des Deux-Sèvres et de la Charente-Maritime, en 2022.. Elle visait à montrer que les céréales partent à l’export par voie maritime et ne servent pas une agriculture de proximité. Quel regard portez-vous sur l’argument ? Selon le discours militant initial, l’essentiel de la production de maïs part à l’export .

À la vérité, une bonne partie de la production est utilisée dans le périmètre de l’Union européenne. En revanche, il est clair que le maïs fourrager n’est pas au service de la souveraineté alimentaire. Au sens où on l’entend habituellement, la souveraineté alimentaire, c’est la capacité à produire ce qu’on va manger. Or, quand on reprend quelques chiffres clé, on s’aperçoit qu’en France,, celui qui sert à l’alimentation humaine.

Par ailleurs, on assiste à une torsion de la notion de souveraineté alimentaire sous l’influence de la FNSEA . Par le biais d’une opération de marketing, la souveraineté alimentaire est peu à peu devenue la capacité à choisir à qui on va vendre ce qu’on produit. Reprise par Emmanuel Macron, cette conception mercantile de la souveraineté alimentaire sert notamment à justifier le stockage de l’eau pour l’agriculture intensive.

L’importance des précipitations et des inondations incite les partisans d’un stockage de l’eau pour les besoins agricoles à donner de la voix. L’analyse de l’hydrogéologue Éric Gaume Quand on construit une bassine, on supprime la nécessité de stocker l’eau dans les milieux naturels et les zones humides » Vous écrivez « avoir une bassine augmente la confiance dans la disponibilité en eau et incite à se tourner vers des cultures gourmandes en eau ». Pourquoi ? C’est un point fondamental.

On l’observe en France comme à l’étranger, partout où il y a des grands ouvrages de stockage de l’eau. Disposer d’une garantie sur la ressource en eau oriente le modèle agricole vers le maïs : une plante très rentable à l’hectare mais qui nécessite de l’eau en plein cœur de l’été. Cet effet pervers a été identifié il y a longtemps.

Dès le rapport Roussel sur l’irrigation dans le Marais poitevin en 2001, on se rend compte que les ouvrages de stockage de l’eau vont créer une dépendance. Et plus encore. Quand on construit une bassine, on supprime la nécessité de stocker l’eau dans les milieux naturels et les zones humides. On transforme les alentours en monoculture dans un milieu qui ne parvient plus, quand elle tombe en abondance.

Ainsi, on accentue la nécessité d’aménager d’autres bassines sur le territoire. Julien le Guet, le porte-parole de Bassines Non Merci, lors de la première des deux grandes manifestations à Sainte-Soline, le 29 octobre 2022. Le 6 mai dernier, la cour d’appel de Poitiers l’a condamné à six mois d’emprisonnement, avec aménagement de la peine sous bracelet électronique. L’État a très clairement fait un choix.

Lors de la manifestation de mars 2023, la position des gendarmes mobiles en ligne, dos à la grille de la bassine, le symbolise de manière très graphique : le mouvement citoyen peut avancer, on ne recule pas d’un mètre. C’est le sens du message envoyé par le gouvernement et par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Gérald Darmanin. Dans les jours qui précèdent la manifestation, celui-ci avertit qu’on va assister à de la violence, à des scènes très dures.

Il lance une véritable campagne de communication sur le thème : « On va répondre à la force par la force ». Notons qu’en novembre 2025, quand les vidéos qui dévoilen t les comportements et les propos des gendarmes mobiles à Sainte-Soline sortent sur « Libération » et « Mediapart » , il n’y a aucune enquête, aucune répercussion. L’autre moment intéressant prend place en janvier 2024, lors des manifestations agricoles.

Quand Gérald Darmanin ditpour justifier la passivité des forces de l’ordre, il caractérise le « deux poids, deux mesures » en vigueur à la tête de l’État. En 2025, Port Atlantique La Rochelle a enregistré un trafic de 3,47 millions de tonnes de céréales et oléagineux. Dont 539 000 tonnes de maïs.

Pourtant, comme les abonnements, ils permettent de soutenir le travail des 250 journalistes de notre rédaction qui s'engagent à vous proposer chaque jour une information de qualité, fiable et complète.

Nous avons résumé cette actualité afin que vous puissiez la lire rapidement. Si l'actualité vous intéresse, vous pouvez lire le texte intégral ici. Lire la suite:

sudouest /  🏆 67. in FR

Deux-Sèvres Agriculture Jean-Denis Renard Environnement Economie Charente-Maritime Home Premium Société

 

France Dernières Nouvelles, France Actualités

Similar News: Vous pouvez également lire des articles d'actualité similaires à celui-ci que nous avons collectés auprès d'autres sources d'information.

Pujols : entre virtuel et réel, Pierre Cambon expose ses photos à l’église Sainte-FoyPujols : entre virtuel et réel, Pierre Cambon expose ses photos à l’église Sainte-FoyDans le cadre du Printemps de la photographie, l’artiste Pierre Cambon présente « Corps et décors », une série de photogravures, mêlant informatique et prises de vues.
Lire la suite »

Dans le Paris de Stéphane Bern : « J’aime être un étranger dans ma propre ville »Dans le Paris de Stéphane Bern : « J’aime être un étranger dans ma propre ville »Chaque semaine, une personnalité nous confie sa relation à la capitale, ses coups de cœur et ses coups de griffes. L’animateur de « Secrets
Lire la suite »

Au Château La Coste du Puy-Sainte-Réparade, Julian Schnabel déploie une peinture en libertéAu Château La Coste du Puy-Sainte-Réparade, Julian Schnabel déploie une peinture en libertéAu Château La Coste du Puy-Sainte-Réparade, Julian Schnabel déploie une peinture en liberté
Lire la suite »

Drame dans le Pas-de-Calais : une femme de 49 ans meurt dans un cabinet médicalDrame dans le Pas-de-Calais : une femme de 49 ans meurt dans un cabinet médicalLes secours ont tout tenté, en vain. Ce samedi 16 mai 2026, une femme de 49 ans est décédée dans le cabinet d'un médecin à Hersin-Coupigny (Pas-de-Calais). Détails.
Lire la suite »