La Chine viole le droit de la mer et empiète sur la zone économique exclusive des Philippines. Elles ne cachent pas leur mécontentement et sont soutenues par les Etats-Unis désireux de maintenir leur influence dans la région. De son côté, Pékin accuse Washington de « s’immiscer » dans des « différends » auquel il ne devrait pas être mêlé.
La mer de Chine pourrait devenir un point central dans les tensions entre Pékin et Washington. En déplacement à Manille le mardi 19 mars, Anthony Blinken a assuré que l’appui de Washington aux Philippines est « à toute épreuve » et reste « une priorité absolue pour le président Biden ».
Ce soutien lourdement appuyé intervient alors que les relations entre Manille et son voisin chinois se sont sévèrement dégradées au cours des derniers mois.Les deux pays se disputent le contrôle d’une partie de la mer de Chine méridionale. Dans ce contexte, l’appui américain aux Philippines déplaît fortement à Pékin qui l’a fait savoir. « Les États-Unis n’ont pas le droit de s’immiscer dans les différends qui opposent la Chine et les Philippines », a tranché mardi face à la presse un porte-parole de la diplomatie chinoise.« L’Obs » fait le point sur cette situation tendue en s’appuyant sur l’expertise du général Daniel Schaeffer, spécialiste de la Chine et membre actif du groupe de réflexion Asie21.Une mer très convoitée par PékinSi on se fie au droit de la mer, les pays ont le droit d’exploiter librement les ressources contenues dans leur « zone économique exclusive » , qui s’étend jusqu’à plus ou moins 360 kilomètres de leur côte. Si la règle était respectée, la mer de Chine méridionale se partagerait entre les Philippines, la Chine, mais aussi le Vietnam, l’Indonésie, la Malaise et Brunei, en laissant au centre une zone dite de « haute mer » où n’importe qui peut naviguer.Dans les profondeurs de la mer de Chine, là où se joue la nouvelle guerre froide entre Pékin et WashingtonMais à en croire le général Daniel Schaeffer, la Chine « ne respecte absolument pas » les règles et revendique un « tracé en dix traits » pour définir sa ZEE qui inclut, selon elle, un certain nombre d’îles et de récifs qui reviennent normalement à d’autres pays. Pire, Pékin cherche parfois à « exercer un contrôle absolu dans des zones où il mord sur ses voisins » quitte à « les priver de leurs droits sur leur ZEE ». Une situation dénoncée notamment dénoncée par les Philippines et le Vietnam, qui a même interdit le film « Barbie » estimant qu’il défendait les revendications territoriales chinoises.Savoir quelle étendue d’eau appartient à qui est capital, puisque la mer de Chine méridionale est extrêmement convoitée. A elle seule, elle concentre presque un tiers du trafic maritime mondial annuel. En plus d’être un point de passage central, elle est pleine de ressources. « Il y a d’importantes réserves d’hydrocarbures, pointe Daniel Schaeffer, le sol est riche en pétrole et en gaz. Les enjeux sont aussi importants sur la question de la pêche et de l’exploitation de la ressource halieutique. »Les rapports entre Chine et Philippines s’envenimentSi elles ont toujours été tendues du fait des différends territoriaux, les relations entre Pékin et Manille se sont tout particulièrement refroidies ces dernières années. « Le président Ferdinand Marcos est beaucoup plus ferme avec la Chine que son prédécesseur Rodrigo Duterte, assure Daniel Schaeffer. Pendant longtemps, il y avait une forme de démission des Philippines qui laissaient presque un peu les Chinois abuser de la situation. » Ainsi, quand la Cour permanente d’arbitrage de La Haye juge en 2016 que la Chine outrepasse ses droits et empiète sur la ZEE philippine, Manille ne cherche pas particulièrement à faire appliquer la sentence.Chine : et si la troisième guerre mondiale avait déjà commencé ?Depuis l’arrivée de Ferdinand Marcos au pouvoir en juin 2022, les relations sino-philippines se sont nettement refroidies. Le nouveau président a conclu des accords militaires avec les États-Unis et l’Australie. Le gouvernement philippin continue par ailleurs d’organiser le ravitaillement du Sierra Madre, un vieux bateau militaire volontairement échoué par Manille en 1999 sur un récif contesté dans le but d’y installer une garnison et d’en garder le contrôle.Toutes ces manœuvres déplaisent fortement à Pékin dont les garde-côtes n’hésitent pas à s’approcher des bateaux philippins. Depuis août 2023, les deux pays s’accusent mutuellement d’être responsables de « collisions ».Les Etats-Unis craignent les sous-marins nucléaires chinoisSelon Daniel Schaeffer, plus que les ressources naturelles, c’est l’intérêt géostratégique et militaire de la mer de Chine méridionale qui importe à Pékin qui veut en faire une « zone de vide stratégique ». L’objectif : pouvoir y faire naviguer ses sous-marins nucléaires sans prendre le risque qu’ils soient détectés par les militaires étasuniens ou leurs alliés.Diplomatie internationale : tous les chemins mènent à Pékin« La nouvelle série a une portée de 10 000 km, explique le militaire, c’est suffisant pour atteindre Hawaï ou l’Alaska sans quitter la mer de Chine, mais ça ne suffit pas pour toucher le continent américain. » Pour le moment, un sous-marin chinois qui quitterait la zone pour aller dans l’océan Pacifique « pourrait être soumis à la détection aérienne et/ou sonique des Américains ou d’autres pays ».Pour Washington, maintenir sa présence en Asie du Sud-Est, c’est aussi s’assurer un poste de surveillance des manœuvres militaires de Pékin. « Les Américains ont bien compris que c’était dangereux si les Chinois avaient la possibilité de sortir de mer de Chine, souligne Daniel Schaeffer, avec sa montée en capacité navale, la Chine est devenue un ennemi potentiel redoutable dont les Etats-Unis se méfient énormément. »
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