Détecté sur un bateau vers les Canaries, l’hantavirus des Andes inquiète. Transmission, symptômes, risques : l’épidémiologiste Antoine Flahault fait le point.
L’insouciance des vacances sur un navire de croisière a brusquement laissé place à l’angoisse du confinement sanitaire. Après plusieurs semaines de croisière à bord du "MV Hondius", l’ombre de l’hantavirus – un pathogène rare mais redoutable – est venue bouleverser le séjour des 88 passagers et 59 membres d’équipage à bord du navire.
Trois personnes sont mortes après avoir été infectées et plusieurs personnes sont contaminées. Lien interne vers l'article n°13358255 Antoine Flahault, épidémiologiste et fondateur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’Université de Genève, revient en plusieurs points sur les caractéristiques de ce virus. Que sait-on aujourd’hui de l’hantavirus ? Il s’agit là d’un virus plutôt bien documenté, qui appartient – comme le Covid-19 – à une famille de virus à ARN.
Il appartient à une famille de virus à ARN qui compte "38 souches connues", rappelle Aaron Motsoaledi, ministre de la Santé sud-africain. Dans le cas du bateau de croisière "MV Hondius", il s’agit d’une souche particulière et clairement identifiée appelée "virus des Andes". Cette souche a été identifiée pour la première fois en Argentine – dans la région des Andes, d’où son nom – au milieu des années 1990. Comment se transmet le virus des Andes ?
La plupart des hantavirus se propagent par le biais d’une transmission animale, lorsque l’homme entre en contact avec des excréments, l’urine ou la salive de rongeurs infectés. Exception faite du "virus des Andes" : il s’agit là du seul hantavirus pour lequel une transmission de personne à personne a été scientifiquement documentée.
"Ce virus se transmet par voie aérienne – via des aérosols – à l’image des virus respiratoires classiques tels que la grippe ou le Covid-19", explique le professeur Antoine Flahault, qui ajoute : "La transmission est favorisée dans des espaces clos et mal ventilés". Comment se manifeste l’infection chez l’homme ? La symptomatologie du virus des Andes est particulière, notamment du fait de la période d’incubation du virus, d’une à six semaines.
Les premiers symptômes d’une infection peuvent ainsi apparaître plus d’un mois après la contamination.
"C’est précisément ce qui complique la gestion sanitaire, car une personne peut être infectée sans le savoir pendant une période prolongée", commente l’épidémiologiste. "Ce qui est frappant, c’est que toutes les personnes contaminées ont développé des symptômes : aucune forme asymptomatique n’a été observée", précise-t-il. Lien interne vers l'article n°13357944 "Bien que rare, l’hantavirus peut se transmettre d’une personne à l’autre et entraîner des maladies respiratoires graves", indique l’Organisation mondiale de la santé .
Le virus est ainsi susceptible de provoquer un syndrome respiratoire aigu, des œdèmes pulmonaires mais aussi une fièvre hémorragique. Les premiers symptômes cliniques s’apparentent à ceux de la grippe : de la fièvre, des maux de tête, des douleurs musculaires et des difficultés respiratoires. Que sait-on sur la dangerosité du virus ? Une étude publiée en 2020 dans le New England Journal of Medicine donne des éléments précieux sur la dangerosité du virus.
Les chercheurs se sont penchés sur une épidémie survenue en Argentine, entre 2018 et 2019, à la suite d’un rassemblement d’une centaine de personnes lors d’un événement familial. Lien interne vers l'article n°13360120 "Dans 56 % des cas, les patients ont présenté des formes très graves nécessitant des soins intensifs et une ventilation assistée, décrit le professeur Flahault. La létalité observée était de 32 %, ce qui est extrêmement élevé.
Sur le bateau évoqué aujourd’hui, les premiers chiffres vont dans le même sens, avec 3 décès sur 8 cas rapportés", reprend le scientifique. À titre de comparaison, le SARS-CoV-2 à l'origine du Covid-19 avait une létalité de 10 à 15 %, et Ebola entre 25 et 70 %.
"Le virus des Andes se situe donc parmi les infections les plus graves", ponctue le professeur. Y a-t-il un risque de pandémie ? Pour répondre à cette question, il faut s’intéresser à la transmissibilité du virus.
"Il n’y a pas aujourd’hui de signal d’une forte circulation du virus en Argentine et au Chili, explique l’épidémiologiste. Cela ne correspond pas au profil d’un virus à très fort potentiel épidémique". L’article publié dans le New England Journal of Medicine évalue à 2,1 le taux de reproduction du virus des Andes. Concrètement, cela signifie qu’un individu contaminé va infecter en moyenne 2,1 personnes : "C’est plus que le virus de la grippe", commente le professeur Antoine Flahault.
Lien interne vers l'article n°13358603 En somme, "il y a un risque sanitaire réel… mais qui peut tout à fait être contrôlé, ponctue le chercheur. Avec des procédures d’isolement et de contrôle, on peut contenir la propagation du virus". La principale difficulté ? La période d’incubation du virus.
Elle pourrait imposer des périodes d’isolement longues et contraignantes pour les personnes concernées. Existe-t-il des vaccins qui permettent de lutter contre ce virus ? Le virus des Andes est un virus à ARN : il serait possible de s’appuyer sur les technologies élaborées lors de la pandémie de Covid-19 pour développer des sérums. Des vaccins sont en cours d’élaboration, notamment aux États-Unis, avec des essais en phase 1 déjà réalisés.
Mais pour l’heure, aucun vaccin qui permettrait de lutter contre les formes graves du virus des Andes n’est disponible sur le marché. Comme le Covid-19, le virus des Andes peut-il muter ? Comme tout virus à ARN, le virus des Andes a une capacité de mutation.
"Il existe déjà plusieurs variants d’hantavirus issus de mutations, indique le professeur Flahault. Des analyses de séquençage sont en cours, notamment à Genève et en Afrique du Sud : elles permettront d’en savoir plus sur le virus et peut-être de retracer son origine". Les résultats pourraient être connus dans les jours qui viennent.
United States Latest News, United States Headlines
Similar News:You can also read news stories similar to this one that we have collected from other news sources.
Hantavirus: l'agence sanitaire américaine estime que le risque d'infection est 'extrêmement faible' pour...Alors que les investigations se poursuivent à bord du MV Hondius pour établir les cas confirmés et les cas contact du hantavirus, l'agence sanitaire américaine estime que les Américains ont moins de risque d'être touchés par l'épidémie.
Read more »
Un Français isolé après un vol avec un cas confirmé d'hantavirusUn Français ayant voyagé avec un cas confirmé d'hantavirus a été isolé en raison de symptômes bénins, tandis que cinq autres Français à bord du navire touché ne présentent pas de symptômes inquiétants. Huit autres ressortissants français, contacts d'un cas confirmé, sont de retour en France et font l'objet de tests et de mesures d'isolement. Le ministère de la Santé rassure sur le faible risque de transmission.
Read more »
Pourquoi l’OMS refuse de parler de pandémie après les cas d’hantavirus du MV HondiusImmobilisé depuis dimanche 3 mai près du Cap-Vert, dans l'Atlantique, en raison d'un foyer d’hantavirus à bord, un navire de croisière demeurait mardi en quête d’un port où accoster en vue de la prise en charge de ses quelque 150 passagers.
Read more »
Hantavirus: d'autres cas 'possibles' selon l'OMS mais risque 'limité', le bateau attendu aux CanariesD'autres cas d'hantavirus sont 'possibles', a indiqué jeudi l'Organisation mondiale de la santé (OMS), mais le foyer de la maladie qui a tué trois passagers d'un navire dans l'Atlantique devait rester 'limité' si les mesures de santé publique sont mises en oeuvre.
Read more »




