L’histoire d’une New-Yorkaise devenue une comtesse italienne : Consuelo Crespi a été une figure de la mode d’après-guerre. Modèle, talent scout et influenceuse avant l’heure, elle a su se trouver toujours au bon endroit, toujours au bon moment.
, qui savait mieux que quiconque le sens du mot glamour, est restée. Elle évoquait un monde disparu, celui des grandes soirées new-yorkaises et des salons romains où se les aristocrates frayaient avec des stylistes visionnaires.
Un monde feutré où l’élégance était un véritable langage, et où l’influence s’exerçait sans tapage, bien au contraire.. Chez elle, l’élégance semblait relever d’une disposition naturelle plutôt que d’un effort calculé. Jamais d’ostentation, jamais d’excentricité gratuite. Bien avant que l’expression n’entre dans le vocabulaire de la mode, elle exerçait déjà le métier de, mais aussi de nombreux créateurs encore inconnus dont elle pressentait le potentiel avant tout le monde.
Dans un milieu où beaucoup suivaient les tendances, Consuelo les anticipait. Sa vie se déroulait entre deux mondes également fascinants. D’un côté, l’Italie de l’après-guerre, marquée par une grande effervescence artistique et intellectuelle : à Rome se croisaient aristocrates, cinéastes, photographes, écrivains et couturiers. De l’autre,, capitale mondaine en pleine expansion, dont la presse suivait les moindres faits et gestes des figures les plus en vue.
Les journaux américains se passionnent pour Consuelo Crespi, allant jusqu’à raconter ses promenades dans Manhattan en compagnie de ses chiens, Fu Manchu et Snoopy. Cette curiosité qu’elle suscitait ne tenait pas seulement à son allure ou à son titre de comtesse. Il y avait chez elle quelque chose d’insaisissable : une assurance sans arrogance, une manière de traverser les époques et les milieux sans jamais paraître déplacée.
Née Consuelo Pauline O’Brien O’Connor en 1928 à Larchmont, dans l’État de New York, elle grandit avec sa jumelle. Après la séparation de leurs parents, leur mère les emmène d’abord au Canada, puis à Manhattan. La ville est alors en pleine effervescence et offre aux deux adolescentes un terrain de jeu exceptionnel. Leur beauté ne passe pas inaperçue.
Repérées par un photographe français, elles commencent très jeunes à poser. En 1945, elles apparaissent en couverture de. Cette photo lui ouvre les portes d’un univers auquel elle semblait naturellement appartenir. En 1947, lors de ses débuts dans la société new-yorkaise, elle rencontre le, héritier d’une importante famille industrielle italienne au Colony Restaurant, adresse favorite de l’élite new-yorkaise.
Trois mois plus tard, ils se marient. L’Américaine devient alors la comtesse Crespi. Dans les années 1950 et 1960, elle met son élégance et son carnet d’adresses au service de la mode italienne, à une époque où celle-ci peinait encore à rivaliser en visibilité avec l’hégémonie parisienne. Figure incontournable de la jet-set mondiale, elle porte les créations des jeunes couturiers italiens dans les salons les plus courus de la planète.
En les exposant aux regards les plus influents de son époque, elle contribue à lancer puis à asseoir la réputation de maisons devenues légendaires : Valentino, Missoni, Fendi et Roberto Capucci. Valentino a souvent reconnu sa dette envers Consuelo Crespi : le fait qu’elle porte ses créations a marqué un véritable tournant dans sa carrière et avoir sa faveur ouvrait des portes.
Dans les années 1970, la république italienne décore la comtesse, reconnaissant le rôle déterminant qu’elle a joué dans la promotion de la mode italienne à l’international. L’un des épisodes les plus emblématiques remonte à 1961. Cette année-là, elle arrive à New York en provenance de Rome vêtue d’une jupe dont l’ourlet est quatre à cinq centimètres plus bas que la mode de l’époque le voulait : ce sont des nouvelles créations du couturier Alberto Fabiani.
Curieux, les journalistes la pressent de question sur ces jupes.
« Je ne supporte plus de voir mes genoux », déclare-t-elle au. La phrase fait sourire, mais elle est reprise partout. Mais sa réputation ne repose pas que sur son élégance personnelle. On lui reconnaît un flair hors pair.
, en fait sa correspondante italienne. Durant plus de quinze ans, Consuelo travaille pour le magazine et devient l’un des principaux liens entre New York et la scène créative italienne.. Elle repère des mannequins appelés à devenir célèbres, comme Benedetta Barzini ou Veruschka, et soutient de jeunes créateurs dont elle pressent le potentiel. Parmi eux figure une Vénézuélienne encore inconnue nommée.
Avec Diana Vreeland, Consuelo l’encourage à lancer sa propre marque. Le reste appartient à l’histoire de la mode.ayant peur de les arborer en public dans un climat politique électrique. Voilà qui n’arriverait jamais aux Italiennes, affirme Consuelo Crespi. Elle déclara auLorsqu’elle s’éteint en 2010, à 82 ans, c’est tout un monde qui disparaît avec elle : celui d’une époque fastueuse où le style ne se limitait pas aux vêtements, mais s’exprimait aussi dans l’allure, les manières et l’art de vivre.
Consuelo Crespi aura laissé une marque durable sur l’histoire du goût, de la mode et de son récit éditorial. Ron Galella, Ltd./Getty Images Jusqu’à ses derniers jours, son culte de la beauté et du goût restera intact. Immobilisée sur son lit d’hôpital, elle aurait continué à examiner avec une curiosité intacte les tenues de tous ceux qui entraient dans sa chambre.
Car, à ses yeux, le vêtement n’avait jamais été un simple ornement ni le symbole d’un rang social : il constituait un langage à part entière, une façon de se présenter au monde et d’y trouver sa place. : qui étaient les mieux habillés sur le tapis rouge du dixième jour de la Mostra de Venise selon nos experts ?
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