Colère lycéenne et étudiante en Europe : une spécificité française ou un phénomène continental ?

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Colère lycéenne et étudiante en Europe : une spécificité française ou un phénomène continental ?
Jeunes, Manifestations, Europe

Nicolas Poincaré analyse si les récentes manifestations lycéennes françaises sont uniques ou s'inscrivent dans un mouvement européen plus large de protestations jeunes, spontanées et utilisant les réseaux sociaux, avec des mobilisations observées en Serbie, en Belgique et ailleurs.

Chaque vendredi, samedi et dimanche matin, le journaliste Nicolas Poincaré, nous apporte son éclairage sur la géopolitique contemporaine. Le mouvement lycéen tel qu'on le connaît en ce moment, est-il une spécificité française ?

Ce qui est sûr c'est que toute la presse européenne a fait des gros titres ces derniers jours sur la colère des lycéens français. Des journaux allemands se demandent si l’on assiste à un nouveau mai 68.

Les journaux anglais insistent sur les violences et sur les 5.000 interpellations… Et beaucoup soulignent que l’on ne trouve pas d’exemples récents de mouvements comparables aussi jeunes et aussi éruptifs chez nos grands voisins, l'Allemagne, l’Angleterre, l’Italie ou l’Espagne… Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas partout et régulièrement des protestations étudiantes ou lycéennes. L’union des étudiants européens a recensé pour les six premiers mois de cette année une cinquantaine de mouvements dans 22 pays européens.

Des mouvements d’ampleurs variables mais avec des points communs… Des manifestants très jeunes. Des révoltes spontanées au départ, une méfiance vis-à-vis des partis politiques, une absence de leaders, l’utilisation de Tik Tok, Snapchat et d’Instagram. Et des manifestations où l’on remarque la présence de drapeaux palestiniens. La colère contre ce qui se passe à Gaza est une constante, des campus américains jusqu’aux universités belges et néerlandaises, par exemple…On peut citer ce qui se passe en Serbie.

Tout est parti, il y a deux ans d’un terrible effondrement du bâtiment d’une gare à Novi Sad qui a fait 16 morts. Les étudiants y ont vu le signe de la corruption qui gangrène le pays. La plupart des universités ont alors été bloquées. Des manifestations ont réuni plusieurs centaines de milliers de personnes.

Et ce n’est pas fini. Le président serbe a démissionné la semaine dernière et a annoncé des élections législatives pour la fin du mois… Au Maroc l’an dernier la jeunesse a également secoué le pouvoir : la colère a éclaté après la mort de plusieurs femmes enceintes dans les hôpitaux publics d'Agadir. Les jeunes sont massivement descendus dans la rue pour demander plus de moyens pour la santé et pour l’école.

On a parlé de la révolte de la génération Z 212. A Madagascar, les étudiants, l’an dernier ont d’abord manifesté contre les coupures d'électricité. Puis le mouvement s’est politisé, il a exigé et obtenu le départ du président qui a dû fuir le pays.

Enfin au Népal il y a tout juste un an, on a assisté à un brusque mouvement de colère lorsque les autorités ont annoncé la fermeture des réseaux sociaux. Facebook, Instagram et Youtube. Les étudiants ont pris d’assaut le parlement et le gouvernement est tombé en 48 heures…Oui, des violences beaucoup plus graves que chez nous. Violences des manifestants et violences de la répression.

Au Népal, l'armée a ouvert le feu sur les étudiants à l'intérieur du parlement. On a compté 76 morts. A Madagascar, 22 morts lorsque la police a tiré sur la foule. Au Maroc trois morts, mais surtout environ 600 lycéens ou étudiants qui sont encore en prison aujourd’hui.

Il ne s’agit pas, à travers ces récits, de banaliser le mouvement lycéen français, surtout que personne ne sait comment cela va se terminer. Il s’agit juste de remarquer que si on élargit la focale, si on regarde à l'échelle du monde, alors ce qui se passe en France n’est pas exceptionnel.

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