Quatre ans après les incendies qui ont ravagé des milliers d’hectares à l’échelle de la Gironde, la menace reste omniprésente.
Bassin d’ Arcachon : « On aime la forêt et on aimerait qu’elle reste », marqués par 2022, ces bénévoles font tout pour prévenir de nouveaux incendies ravageursQuatre ans après les incendies qui ont ravagé des milliers d’hectares à l’échelle de la Gironde, la menace reste omniprésente.
Sur les pistes forestières girondines, les patrouilles de la Défense des forêts contre les incendies veillent pour détecter le moindre départ de feu avant qu’il ne soit trop tard C’est sur la route de Cazaux, au détour d’un rond-point, dans un local de fortune, caché derrière une haie et au milieu d’arbres, que Pierre Marzat dirige. Il mène une équipe de quinze bénévoles qui patrouillent quotidiennement, matin et soir en cette période estivale.
Lutte contre les incendies : « 2022 n’est pas anecdotique » craint le président de la Défense des forêts de la région Lutte contre les incendies : « 2022 n’est pas anecdotique » craint le président de la Défense des forêts de la région Bruno Lafon, président de la Défense des forêts contre les incendies, a fait le point sur l’activité de l’organisation en 2025 à la veille d’un week-end qui va frôler les records de température À leur disposition : deux véhicules tout-terrain, nécessaires pour braver les pistes sableuses et se frayer un chemin entre les pins. Leur mission est de prévenir tout potentiel risque d’incendie et assurer la sécurité après de potentiels feux de forêts,.
Philippe Darblade, accompagné de Jean-Yves Carles pour la patrouille matinale du lundi 13 juillet, s’en souvient péniblement.
« Du 30 juillet au 30 septembre 2022, j’étais tous les jours dans la forêt à éteindre les fumerons. » Les deux hommes, bénévoles, sont retraités. Ils aiment et vivent dans la forêt depuis leur enfance, et même « depuis cinq générations », clame fièrement Jean-Yves. À l’entrée de la forêt de Cazaux, le pick-up emprunte la piste 7.2.
Le chemin graveleux est bordé par des marécages où se dressent des troncs d’arbres morts.
« Avant, il y avait des pins à perte de vue ici, on était à l’ombre », déplore Jean-Yves Carles. En ravageant plus de 32 000 hectares de forêt, les incendies de 2022 ont laissé derrière eux des zones privées des pins qui absorbaient auparavant l’excédent d’eau. Un pin a besoin 50 à 90 litres d’eau par jour et met environ un siècle à atteindre sa taille adulte.
Après quelques centaines de mètres dans le sable, les deux hommes croisent un buggy. Au volant, une femme perdue, à la recherche de son mari qui a crevé à vélo. Philippe et Jean-Yves l’aiguillent tout en lui indiquant que la circulation et le stationnement des véhicules à moteur sont strictement interdits en dehors des voies ouvertes à la circulation publique, sous peine d’une amende.
« Cela aurait pu devenir dramatique » : dans le Médoc, un brûlage de déchets verts déclenche un incendie, 1 500 m² de prairie brûlés Malgré les interdictions de brûlage et les appels à la vigilance, un retraité a provoqué jeudi 16 juillet un incendie à Talais en brûlant des déchets de jardin. Le feu a ravagé 1 500 m² de prairie, entraîné l’évacuation de sept habitations.
Deux sapeurs-pompiers, victimes de malaises pendant l’intervention, ont été légèrement blessés En cette période de canicule, la prudence est de rigueur. La Gironde est placée en vigilance orange pour le risque d’incendie. Ce matin-là, les deux hommes. Un de plus, alors que le réchauffement climatique risque de les multiplier.
« On a peur, lance Philippe. Il faut être inconscient pour ne pas être inquiet du phénomène », poursuit-il. Le véhicule roule le long du lac de Cazaux-Sanguinet, sans incident majeur signalé. En cas de départ de feu, le véhicule jaune de la DFCI est équipé d’un réservoir d’eau de 600 litres, de quoi minimiser les dégâts avant l’arrivée des pompiers.
Les deux hommes échangent dans la voiture leurs anecdotes de patrouille. À la frontière landaise, le pick-up fait demi-tour.
« Emprunte les traces que j’ai faites », indique Jean-Yves, résident de la forêt, à son copilote du jour. Lors des incendies, il déclare avoir quitté son logement au dernier moment.
« Ma mère de 90 ans, attachée à ses terres, ne voulait pas partir mais je l’ai sortie de force », se remémore-t-il. « Je voyais les cendres quand on est partis. » Par chance, il a pu retrouver sa maison.
Incendies en France : près de 11 000 feux recensés depuis le début de l’année, selon la Sécurité civile La surface brûlée en France à la mi-juillet dépasse déjà le total de la saison précédente, poussant les autorités à gérer des centaines de départs de feu simultanésSur les routes, Philippe raconte avoir guidé des pompiers venus d’ailleurs en France, méconnaissant le terrain, afin d’éteindre les flammes.
« Je leur donnais même des conseils », plaisante-t-il. Les incendies ont révélé un phénomène propre aux pins : les pins bouteilles. , facilitant leur chute et la propagation du feu lorsqu’ils explosent.
« Je leur disais de mettre du sable au bout et d’asperger l’intérieur pour créer une pâtée et étouffer le feu », explique Philippe. Au détour d’une intersection, les deux hommes s’arrêtent à la cabane de Curepipe, que Philippe a occupée pendant une dizaine d’années.
« Comment peux-tu ne pas être amoureux de cela ? » s’extasie Jean-Yves devant les pins et l’étang au pied du talus. Sur le chemin du retour, Jean-Yves raconte son retour après les incendies sur cette même route.
« Au début, je n’ai pas reconnu la forêt. J’ai mis un genou à terre et j’ai pleuré comme un gamin », confie-t-il.
« On aime la forêt et on aimerait qu’elle reste », réagit Philippe.
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