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'Arrêtez de me dire que je suis fini, j’arrêterais quand j’aurais décidé': la grosse mise au point de Kévin Mayer à ses détracteurs

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'Arrêtez de me dire que je suis fini, j’arrêterais quand j’aurais décidé': la grosse mise au point de Kévin Mayer à ses détracteurs
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Plombé par de nombreuses blessures ces dernières années, Kévin Mayer estime que sa carrière est loin d'être terminée. Auprès de RMC Sport, il adresse un message à tous ceux qui le croient 'fini' et se projette sur les JO 2028.

Plombé par de nombreuses blessures ces dernières années, Kévin Mayer estime que sa carrière est loin d'être terminée. Auprès de RMC Sport, il adresse un message à tous ceux qui le croient"fini" et se projette sur les JO 2028.a sauté 5m10 en compétition, à Lunel, lors des interclubs.

Une deuxième apparition sur le tartan d’un stade. Deux semaines auparavant, le double champion du monde du décathlon mettait fin à deux ans d’absence dans les stades d’athlé. Sans prévenir personne, en catimini. Victime d’une rupture quasi-totale du semi-membraneux lors d’un 110m haies à Charléty, juste avant les Jeux Olympiques de Paris, Kevin Mayer revient en serrant les dents.

En ayant refusé l’opération, lui qui"vénère le corps humain". Il a donc choisi l’option impossible, pour tenter de redevenir un médaillé olympique, à Los Angeles 2028 ou même Brisbane 2032. Mayer ne se sent pas vieillir et n’écoute surtout pas les gens qui le pensent"fini". RMC Sport a rencontré le recordman du monde à l’INSEP .

"Je suis là pour mes bilans médicaux. C’est super simple ici, dentiste, tout,en une demi-journée. Je fais une petite tournée médiatique aussi, j’ai suscité quelques intérêts après les interclubs ". La conversation a duré 40 minutes, pendant lesquelles la légende de l’athlétisme français est revenu sur sa personnalité parfois bornée, son amour absolu de son sport et sa conviction, profondément ancrée, de pouvoir encore faire vibrer les Français.

RMC SPORT: Vous êtes donc apparu sur la piste du petit stade de Lunel, il y a quelques semaines, sans prévenir personne, pour lancer le disque et sauter à la perche. Votre première compétition depuis près de deux ans ! KM : J’ai kiffé revenir en compétition… Ce sont"juste" les interclubs, mais je le faisais chaque année. Je commence souvent la saison de cette manière.

J’ai pris le parti de ne pas du tout communiquer pour ne pas susciter d’attente et juste profiter de la compétition. Ah oui totalement, surtout que je n’ai pas fait de contre perf’… Au deuxième tour des interclubs, j’étais vraiment mort après une grosse séance d’aérobie le jeudi d’avant. J’y suis quand même allé à la perche, avec des grosses perches sur dix foulées. J’ai un peu subi le concours mais c’est passé à 5m10.

Donc vraiment du plaisir et de la bonne énergie ressentie, car je sens que je sors la tête de l’eau, je sors de cette grosse blessure. Je peux mettre de plus en plus d’intensité sans appréhension. Pendant vos deux weekends de compétition, on vous a vu à la perche et au disque, pourquoi avoir choisi ces disciplines ? C’est juste parce qu’aux interclubs, on me l’a demandé.

Le décathlonien bouche les trous ! S’il n’y avait pas eu les interclubs, je n’aurais repris la compétition que dans un mois je pense. Après le plus important, c’est l’entraînement et la préparation physique. La blessure que vous avez subie il y a deux ans, cette désinsertion d’un tendon, est normalement quasi-irréversible sans opération.

Comment vivez-vous cette attente et cette incertitude quant à un vrai retour ?a eu la même chose, Pierre-Ambroise Bosse aussi même si cela a mis un terme à sa carrière. Dans l’athlétisme, cette blessure est un 'redflag'. C’est un des sports où tu ne peux pas être à 80%... ce n’est pas du hand ou du foot où tu peux finir ta carrière plus tranquillement.

Donc j’ai vraiment mis les chances de mon côté, j’ai bossé comme un chien et je suis trop content car ça marche. Je peux de nouveau sprinter à fond. Le problème, c’est que je suis décathlonien. Et pour les haies, la douleur concerne ma jambe d’attaque.

Mais j’ai repassé des haies et le lendemain : quel soulagement de ne rien ressentir ! Je les franchies de plus en plus intensément, et je n’ai pas de feedbacks négatifs. J’espère que cela va continuer. Depuis 2024 et votre blessure, est-ce que ce passage de haie représente une épée de Damoclès au-dessus de votre tête ?

Mais j’ai mal depuis beaucoup plus longtemps. Depuis 2010 et une chute à ski, j’ai abimé ma colonne vertébrale et c’est une dette envers mon corps. C’est cette blessure qui a fait que cela a pété juste avant Paris 2024… Cette fois-ci, pour la rééducation, j’ai été beaucoup moins tête brulée et j’ai pris mon temps pour la soigner. Les blessures qu’on a sont des cicatrices qu’on garde à vie.

Depuis, j’ai tout fait pour que ma colonne soit beaucoup plus amovible.

"Si j’étais demi-fondeur ou sprinter, je pourrais déjà faire les Europe, les Monde, ce que vous voulez" Pourquoi refuser absolument une opération chirurgicale ? Une solution choisie par Renaud Lavillenie par exemple et qui lui a permis de revenir à un bon niveau à la perche. Je suis quelqu’un qui vénère le corps humain. Rentrer dedans aussi facilement, c’est une chose difficile pour moi et je ne le ferai vraiment que si je n’ai plus d’autre choix.

J’ai donc essayé de faire autrement, et c’est pour cela que j’ai fait appel à Jérôme Simian, mon ancien coach. Soit on trouvait le problème ensemble, soit je me faisais opérer. A partir de juin 2025, j’ai pris le parti de l’écouter et de fermer ma bouche. J’avais une petite idée sur le fait que c’était un problème de colonne vertébrale mais il fallait vraiment trouver le problème.

Tous les nerfs passent par la colonne. On a cherché ensemble et j’ai l’impression qu’on a trouvé. On ne le saura pas tant que je ne ferai pas un décathlon à 100%. Est-ce que votre retour à la compétition de très haut-niveau pourrait arriver vite ?

Il y a par exemple les championnats d’Europe de Birmingham au mois d’août… Je ne dis non à rien, mais je ne dis oui à rien non plus. Chaque étape prend le temps qu’elle doit prendre. Après, il faut imaginer que je fasse déjà un décathlon pour m’y qualifier… si j’étais déjà qualifié, je pourrais l’avoir dans un coin de ma tête. Là, cela voudrait dire deux décas dans l’année et je n’ai pas refait de 110m haies à fond.

Si je franchis les étapes rapidement, pourquoi pas…La logique est de ne rien prévoir. Je me sens trop bien en ce moment, mais ça ne suffit pas à foncer tête baissée. Le but est vraiment de savoir si mon corps peut encaisser un décathlon à 100%. La réponse n’est pas encore claire.

Il faut déjà faire un 110m haies seul, puis être capable de le faire à 9h du matin en deuxième journée après un 400m la veille et tous les acides qui s’accumulent dans le corps. Si j’étais demi-fondeur ou sprinter, je pourrais déjà faire les Europe, les Monde, ce que vous voulez, mais le décathlon est particulier. Je veux être sûr d’être compétitif. La limite qu’on s’est fixé avec mon coach , c’est 8300 points minimum.

Je veux être sûr de pouvoir les faire. Vous avez déjà évoqué votre envie d’étirer votre carrière jusqu’à Los Angeles 2028, voire Brisbane 2032. Vous avez déjà 34 ans. Est-ce que la hargne d’un Renaud Lavillenie ou d’une Mélina Robert-Michon , vous motive ?

Même si leur niveau de performance diminue avec le temps… Je suis passionné de mon sport comme eux, donc ça ne me dérangerait pas d’avoir un niveau inférieur aux autres si j’y prends du plaisir. Mais le niveau de sensation amène la performance. Ce ne sera qu’une histoire de sensations… si je mets le doigt sur mes soucis physiques, je pense pouvoir rester très fort, et très longtemps.

Je veux prouver que même dans mon sport, on peut le faire avec une bonne préparation physique. En championnat, il y a une énorme densité. Avec 8400 points, tu n’existes plus du tout alors qu’avant à 8400 ou 8500, tu pouvais espérer une médaille. Maintenant, ça se bat à 8600 ou 8700 mais il n’y a pas eu de performance de pointe en grand championnat, ce qui peut me laisser espérer une médaille quand je pourrai revenir.

La chance que j’ai, c’est que les plus forts n’ont pas encore percé le mystère de la technique des lancers. Pendant ces deux ans d’absences, après l’énorme désillusion du forfait des Jeux de Paris, avez-vous pensé à tout abandonner ? A arrêter l’athlétisme ? En un mois après Paris, j’ai pris 20 ans de maturité… et j’ai été obligé sinon je m’écroulais totalement et je tombais en dépression.

J’ai dû comprendre le vrai sens de ce que je faisais et c’est la passion qui me ‘drive’, pas les résultats. Le résultat est un bonus incroyable, bien sûr. Il fallait la patience et la passion car j’ai eu des rechutes, des blessures en permanence. Ce qui m’a fait tenir c’est : putain mais quelle sensation de faire un 100m ou un lancer de javelot à 65m !

Je n’ai jamais eu d’énorme coup de moins bien car j’ai toujours eu l’espérance, la petite carotte du retour à la compétition. L’athlétisme c’est la sensation ultime, rien n’est plus féroce au niveau adrénaline. Pendant deux ans, ça m’a permis de me lever et de faire ma routine super chiante, d’aller en muscu deux heures.

Toute cette frustration, c’est juste pour ressentir une fois de plus un 100m avec le maillot de l’équipe de France, et ça me va très bien. Jamais je n’ai eu besoin de couper sur le plan mental. J’ai pu faire d’autres loisirs vite après Paris 2024 malgré tout. Un mois après, je faisais du beach volley sans douleur.

Et comme j’étais préparé pour les Jeux, je sautais très haut et je tapais très fort. J’apprends vite les sports, en ce moment je me suis lancé dans le golf, je joue toujours au basket. Dès que je ressens cette frustration de ne pas pouvoir aller au stade, je fais d’autres sports. Le golf c’est parfait.

Aller taper deux seaux de balles au practice, ça ne me fatigue pas pour l’entraînement. Je me permets encore de le faire et le golf est une addiction assez spéciale ! Avez-vous encore des contacts avec la Fédération Française et l’équipe de France après un si long éloignement ? Pas forcément et c’est le jeu du sport, quand tu n’as plus le niveau, tu ne fais plus partie de l’équipe.

Mais je ne me suis pas senti de côté car dès le mois de septembre, Jean Galfione a cherché à m’appeler . Au contraire, c’est même moi qui m’écarte un peu. Je ne veux pas d’aide, car c’est mieux que ce soit un jeune qui performe en ce moment qui touche ces aides. Je les aurais quand je les mériterai.

J’ai reçu des messages super sympa aussi de la part de gens de la Fédé, pendant Tokyo 2025, le jour de la date anniversaire de mon record du monde , on me disait ‘ton énergie nous manque sur les stades’, des messages comme ça, qui permettent de sentir que j’ai fait vibrer des gens. Ce sont des moments exceptionnels que j’ai envie de revivre.

C’est marrant car on m’a demandé si je me sentais vieillir. Ce n’est pas dans mon vocabulaire. Je me sens évoluer. Bien sûr, chaque blessure est une dette envers le corps.

Au final, c’est ça vieillir. Chaque mauvaise chose dans notre corps, l’alcool, la malbouffe, ça fait vieillir. Les blessures font vieillir. Mais en tant que sportif et personne, je me sens évoluer et il faut que j’amenuise mes dettes le plus possible pour contredire les gens qui disent que je suis fini car j’ai 34 ans.

Les gens qui ne croient plus en vous, est-ce que cela ne vous enlève pas également de la pression ? Vous avez longtemps dû assumer le statut de sauveur de l’équipe de France… Des gens se plaignent de l’attente, de la pression mais pour l’égo, c’est un boost énorme. Quand tu es là et que tu fais la seule médaille, les gens te remercient… à quel moment c’est dur à accepter ?

J’étais content d’être là, d’avoir la seule médaille ou de la partager quand d’autres en remportaient aussi. Mais cela a perturbé votre préparation olympique en 2024, avec des doutes et des inquiétudes quotidiennes sur vos possibilités… Était-ce difficile à vivre ? Ça fait partie du taff. J’étais énormément attendu, merci à Cyrena Samba-Mayela d’avoir sauvé l’équipe de France .

Mais ces moments m’ont fait grandir de dingue. J’ai accepté de partir sur une rééducation de deux ans, d’assister quand même aux JO malgré la douleur et la frustration. Mentalement et physiquement, cela va me permettre de durer beaucoup plus longtemps dans l’athlé. Comme Lavillenie et Robert-Michon, vous ne voulez jamais raccrocher ?

Ce type de carrière va être de plus en plus normale. Car la prépa physique, la diététique permet de durer. Les datas montrent de plus en plus que ce n’est pas le fait de vieillir qui impacte les performances. Et la vieillesse n’est pas une maladie, on n’a qu’une vie.

Si tu as une passion, il faut la pousser au maximum, le plus longtemps possible. Peu importe ce que le grand public dit. Arrêtez de me dire que je suis fini. J’arrêterais quand moi j’aurais décidé et si j’avais votre état d’esprit, je n’en serai pas là où j’en suis.

C’est mon état d’esprit de gros rat d’athlétisme, je vais tout donner, ma dernière goutte de sang, pour faire encore un 100m ou un concours de javelot. Je n’arrive pas à imaginer un monde ou quand je me lève, je n’ai pas à me fumer à l’entraînement pour être meilleur le lendemain. Je déteste les jours de repos. J’ai l’impression d’être maître de la situation les jours où je travaille.

J’ai adoré me mettre au golf, être avec mon chien, faire un 18 trous sans objectif de performance. Juste faire des beaux swings, ça me libère vraiment. Je ne vais rien communiquer et vous faire chier jusqu’au bout. Après je suis fair-play, si je suis 100% sûr, je vous préviendrai.

Il y aura une conférence de presse, vous serez les premiers au courant. J’ai plein de décathlons en tête. Chaque marche prendra le temps qu’elle prendra mais j’espère que ce sera le plus rapidement possible. Il ne faut pas être tête brûlée car l’année de Paris 2024 c’est ce qui m’a coûté les Jeux.

J’ai voulu me qualifier en Australie, je n’étais pas prêt, car j’avais déjà cette blessure. San Diego, je n’étais pas prêt puis j’ai eu la dernière chance des Europe de Rome où j’y suis allé sans le pouvoir.

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