À Arzal, le fourrage manque et les coûts s'envolent pour ces éleveurs

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À Arzal, la sécheresse ne se mesure pas seulement à la couleur des prairies. Au Gaec du Pont-Milain, elle se chiffre déjà en tonnes de fourrage manquantes.

À Arzal, la sécheresse ne se mesure pas seulement à la couleur des prairies. Au Gaec du Pont-Milain, elle se chiffre déjà en tonnes de fourrage manquantes.

Les trois associés viennent de vivre un été difficile. Leurs coûts de production augmentent. Pas le prix du lai. ©Bertrand Dumarché.

Sur 60 hectares de maïs, Ludovic Tabart et ses associés n’ont récolté que 200 tonnes cette année, alors qu’il en faudrait environ 600 pour couvrir les besoins de l’exploitation.

« Le 1er décembre 2025, nous avions 520 tonnes. Là, on récolte 200 tonnes. » Pour compléter le stock, le Gaec a dû acheter autant de maïs qu’il en a produit, à 120 euros la tonne de matière sèche. Autour des bâtiments, les prairies ont pris une teinte jaune paille.

Le sol craque par endroits. Plus loin, dans les 30 hectares de marais que compte l’exploitation, l’eau a quasiment disparu. Il ne reste qu’une mare, isolée au milieu d’un paysage asséché. Ici, les dernières pluies importantes remontent au 20 mai.

Les 16 mm tombés la semaine du 14 juillet, puis les quelques millimètres reçus en août et en septembre, n’ont pas suffi à relancer durablement la végétation.

« On n’a jamais eu des sols aussi secs », constate Ludovic Tabart. Les trois associés du Gaec du Pont-Milain – Ludovic, 47 ans, Sylvain, 54 ans, et David Pivault, 45 ans – élèvent 120 vaches laitières, pour 1,2 million de litres de lait par an, auxquels s’ajoute une quarantaine de Limousines. L’exploitation compte 250 hectares : 150 hectares de prairies, 60 hectares de maïs et 40 hectares de céréales. Le système repose largement sur l’herbe .

En temps normal, les éleveurs réalisent beaucoup d’ensilage d’herbe et constituent autant, voire davantage, de stocks pendant l’été que pendant l’hiver. Cette année, la mécanique s’est inversée.

« Aujourd’hui, on tape dans le stock », explique Ludovic. Les sols de l’exploitation n’ont pourtant jamais été réputés faciles. Sableux, limoneux et parfois peu profonds, ils sont particulièrement séchants. Le vent accentue encore le phénomène.

MaisIndemnisation des prairies : les éleveurs de ruminants réclament la transparence Le maïs illustre brutalement les conséquences de cette situation. Avec seulement trois tonnes de matière sèche par hectare en moyenne, la récolte reste très loin du potentiel habituel.

« À moins de trois tonnes de matière sèche, on ne paie même pas la machine », estime l’éleveur. : avec 800 euros par hectare, produire trois tonnes de matière sèche revient à environ 267 euros la tonne, contre 80 euros lorsque le rendement atteint dix tonnes. Pendant ce temps, les besoins du troupeau, eux, ne diminuent pas. Les vaches consomment environ deux tonnes de maïs par jour.

Les 200 tonnes récoltées cette année ne couvrent donc qu’environ quatre mois de stock. Pour le complément, il a fallu chercher du maïs à une trentaine de kilomètres au nord d’Arzal, faute de disponibilité dans un rayon de dix kilomètres. Des marais inondés en février, il ne reste qu’une mare en octobre. ©Bertrand DumarchéIls ont déjà réduit le troupeau de 15 vaches allaitantes .

Ils envisageaient de semer une centaine d’hectares supplémentaires en herbe, mais la sécheresse rend désormais l’opération trop incertaine. Les céréales pourraient disparaître de la rotation au profit d’une surface accrue en herbe.

« On a une exploitation en régime de croisière. Ce n’est pas qu’une question économique. Mais franchement, ce climat fait peur », confie Sylvain. Pour les bâtiments et les animaux, l’éleveur estime que des solutions d’adaptation existent.

« On trouvera des astuces pour les bâtiments, pour adapter, pour que les animaux aient moins chaud, ça ce n’est pas un problème. Mais le végétal souffre », ajoute David. Installé en 2005, Ludovic Tabart a déjà connu des années sèches. Le Gaec travaille depuis vingt ans dans une zone où le manque d’eau est récurrent et a adapté son chargement, aujourd’hui compris entre 110 et 120 vaches pour 100 hectares, selon l’éleveur.

Des variétés plus résistantes sont également privilégiées, aussi bien pour le maïs que pour les prairies. Mais cette année marque un nouveau palier.

« À 25 °C, l’herbe arrête de pousser. À 42 °C, le maïs ne pousse plus. » Lorsque les fortes températures surviennent au moment de la fécondation, la récolte peut être compromise. Faut-il alors abandonner le maïs ?

Ludovic Tabart n’y croit pas vraiment.

« » Une piste serait de produire moins sur l’exploitation et d’acheter davantage de fourrages dans des secteurs où les rendements sont meilleurs. Une autre consiste à maximiser les productions de printemps et à choisir des semences capables de mieux supporter les conditions sèches. Mais toutes ces adaptations ont un coût. La semence représente déjà environ 200 euros par hectare pour certaines variétés retenues.

Et acheter du maïs à l’extérieur expose davantage l’élevage aux prix et à la disponibilité des fourrages. Ludovic Tabart observe donc les chiffres avec inquiétude.

« Moi, ce qui me fait peur, c’est que je trouve que les gens sont dans le déni. » Quelques millimètres de pluie, un hiver suffisamment arrosé, et l’épisode peut sembler oublié. Pour lui, le problème est ailleurs : dans la répétition de ces situations. Dans les prairies jaunies du Gaec du Pont-Milain, les associés savent déjà qu’ils devront produire autrement.

Reste à savoir avec quelle ressource en eau. Les retenues collinaires ne leur apparaissent pas comme une réponse suffisante à l’échelle de leur exploitation.

« Avec 60 hectares de maïs, on n’aura pas la capacité. Et comment on sauve 150 hectares d’herbe ? » Pour les éleveurs, l’enjeu dépasse donc la seule récolte 2026.

« Ce qu’on souhaite, c’est que le prix du lait tienne compte des coûts de production. » Car derrière les prairies brûlées par le soleil et les tonnes de maïs manquantes, c’est bien l’économie de l’exploitation qui est directement touchée. La nouvelle vague de Covid-19 « prend de l’ampleur » en France : quels sont les départements les plus touchés ?

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